L’évêché de Port-Louis a présenté, le mercredi 13 mars dernier, lors d’une conférence de presse, un protocole pour traiter les cas d’abus sexuels sur les mineurs commis par des laïcs responsables dans le diocèse de Port-Louis. Cette initiative, mise sur pied par l’équipe diocésaine, se veut être un outil de prévention et de sensibilisation face à ce type de délits. Elle débutera dès juin 2019 avec la venue d’un des meilleurs experts catholiques sur les questions de pédocriminalité, Père Stephan Joulain, psychothérapeute et docteur en Counselling et spiritualité.
Après la publication l’année dernière d’un protocole diocésain traitant des allégations de ce type de délits sur mineurs, l’église a promulgué, ce nouveau protocole pour déterrer, une fois pour toutes, les prédateurs sexuels en son sein. Ainsi, une stratégie sera mise en place par le comité diocésain pour donner la parole aux victimes, prévoir des sanctions au niveau de l’église et ériger une campagne de prévention. Le protocole rédigé par entre autres le Père Goergy Kenny comprend un série de procédures. De plus, un programme de formation sera aussi établi pour le corps clérical.
Le diocèse de Port-Louis vise ainsi à prendre des « mesures fermes » visant à protéger les mineurs des abus sexuels et mettre les accusés devant la justice. « Il faut des procédures claires pour l’accueil des victimes, la protection des mineurs et les possibilités des sanctions aux coupables. Ce protocole sera présenté à tous les membres, responsables de groupes liés aux jeunes, au sein de l’église et dans les écoles catholiques. Une formation est également à prévoir », a confié le cardinal Maurice Piat.
Il a exprimé son sentiment face à cette polémique. « Je suis meurtri, horrifié, il n’y a pas de mot assez fort. Je suis horrifié par les immenses souffrances de victimes, mineures et innocentes, qui ont été blessées par des prêtres ou des personnes de l’église. Ces actes ont été couverts. Certains hommes d’église sont venus des loups ravageurs », a déclaré le cardinal Piat.
Le Cardinal s’est dit également attristé par l’impact négatif que ces mœurs auront sur l’église catholique à l’échelle mondiale. « Je suis triste devant la grande perte de confiance à l’échelle mondiale envers les prêtres et les responsables d’église. Même si la majorité des prêtres sont restés fidèles, c’est comme si parmi ceux qui s’étaient engagés à être de bons bergers, certains sont venus des loups ravageurs. L’immense souffrance causée aux victimes et les preuves que cela constitue pour l’église doit nous conduire à nous remettre en question et prendre certaines mesures », a-t-il soutenu.
Et d’ajouter : « Il faut libérer la parole en reconnaissant que ça existe. Développer une attitude d’accueil et d’écoute pour permettre aux victimes de s’exprimer pour recevoir de l’aide. Lutter fermement contre ce que le pape appelle le cléricalisme. C’est un cancer qui fait beaucoup de mal à l’église. Le cléricalisme a protégé les abuseurs et abandonné les victimes. Cela inclut aussi prévoir des sanctions que ce soit dans l’église et sur le plan civil. L’église est fermement décidée à respecter les autorités et se plier à la justice du pays. »
Lors de la conférence de presse, le cardinal Piat était entouré de l’équipe ayant participé à la rédaction de ce protocole, à savoir le Père Georgy Kenny, le Père Heriberto Cabrera et Emilie Duval, psychologue. Pour cette dernière, responsable de l’Equipe de Discipline en Psychologie, à l’ICJM, le Diocèse de Port-Louis souhaiterait mettre en place un programme de formation sur le long terme qui aiderait à sensibiliser, prévenir et intervenir autour des abus sexuels sur mineurs pour le clerc et toutes les personnes responsables auprès des mineurs.
« La première responsabilité de l’Eglise est de prévenir et sensibiliser sur la problématique des abus sexuels sur les enfants afin d’être mieux outillés pour intervenir et accompagner les mineurs victimes, et d’assurer aussi leur protection. Les conséquences traumatiques sur les mineurs victimes d’abus sexuels et de leurs proches font l’objet de la protection de l’Eglise en toute priorité », a-t-elle souligné. Avant d’annoncer qu’en juin, un psychothérapeute animera des ateliers de sensibilisation.
Le père Georgy Kenny, vicaire judiciaire, est revenu sur les mesures qui seront prises en cas d’abus par les laïcs. «Il y aura une rencontre avec les victimes et celui contre lequel pèse l’accusation. Un premier rapport sera remis à l’évêque», a-t-il informé. C’est ce dernier qui prendra la décision à la fin de l’enquête. Le vicaire judiciaire précise que la procédure civile ne sera pas mise à l’écart.
Quant au père Heriberto Cabrera, le délégué épiscopal pour la pastorale des jeunes, il a rappelé que les animateurs et animatrices n’ont pas le droit de pénétrer dans les dortoirs des jeunes, et qu’à aucun moment, l’adulte ne peut rester seul avec un mineur. «Les adultes doivent prendre conscience de la responsabilité humaine », a-t-il dit. Une hotline, le 5972 7309, a été mise en place pour les plaintes.
Cette conférence intervient après une série de dénonciations d’abus sexuels perpétrés par des dignitaires de l’Eglise de par le monde. Mercredi dernier en Australie, par exemple, le cardinal George Pell, ancien numéro trois du Vatican, a été condamné à six ans de prison « pour agressions sexuelles ‘éhontées’ contre deux enfants de chœur », cite l’AFP.
La semaine dernière, c’est le Cardinal Philippe Barbarin, plus haut dignitaire de l’Eglise de France, qui a été condamné à six mois de prison « pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d’un prêtre ». Il a déclaré, dans la foulée, qu’il soumettrait sa démission au pape et ferait appel du jugement.