Durant cette semaine, la population a encore une fois était la spectatrice d’une triste scène, où l’on voit, trois jeunes ivres, se bagarrer devant une boutique à Montagne-Blanche. L’un d’eux a utilisé un cutter lors de cette embrouille, qui a fini dans les faits divers. L’altercation, qui a eu lieu samedi dernier, s’est joué en pleine rue, au vu et au su de plusieurs passants impuissants devant ce carnage, avant d’être présenté au grand public à travers une vidéo postée sur facebook. Un des ados impliqué, a été gravement tailladé et a été admis à l’hôpital de Flacq alors que les deux autres ont été arrêtés mais refusent toutefois de collaborer avec les enquêteurs pour éclaircir l’origine de cette bagarre sanglante.
Cette altercation vient malencontreusement s’ajouter à la série noire de tragédies concernant les jeunes qui ont marqué les mois précédents et qui nous hantent encore aujourd’hui. Avec cette vague d’événements violents qui persiste à marquer l’actualité, le cœur n’est pas autant à la légèreté et au plaisir qu’à l’habitude. Chaque incident commis apporte son lot de tristesse et de désolation. Le fait est qu’il est regrettable de constater que s’installe de plus en plus des temps d’intolérance et d’une violence peu commune et que contrairement au progrès à travers le pays, nombreux sont ceux qui reculent.
Le lundi 15 avril dernier, Raj, un habitant de Boulet Rouge, Flacq, âgé de 53 ans, a porté plainte au poste de police de Flacq. Il raconte dans sa déposition qu’une violente dispute a éclaté entre son fils et lui concernant une affaire d’argent. Le quinquagénaire a été agressé au sabre. Blessé à la tête, il a été conduit à l’hôpital où il a reçu des soins. L’incident s’est produit à son domicile. Le fils, après avoir commis son forfait, a emporté une somme de Rs 2 500 avec lui, qui est selon le père, serait à l’origine de l’agression.
Dimanche dernier, un jeune de 23 ans, habitant Mahébourg, a ébouillanté ses parents avec une bouilloire d’eau chaude. «Si zot pa donn mwa sigaret, mo pou bril zot», aurait lancé le jeune homme avant de lancer sur eux une bouilloire d’eau bouillante. Touchés sur plusieurs parties du corps, les deux quadragénaires ont dû se rendre à l’hôpital de la localité. Une plainte a été déposée au poste de police situé dans l’enceinte de l’établissement hospitalier.
Un ado de 14 ans agressé par trois collégiens à Résidence La Cure. Un élève de Grade 8 attaqué à coups de tuyau par un autre de Grade 9 dans l’enceinte d’un collège à Rose-Hill. Des collégiennes qui en viennent aux mains à la gare du Nord, à Port-Louis. Un jeune de 13 ans roué de coups par ses camarades dans un collège du Nord. Des vols, des viols, des attaques envers la police, sont autant de cas, qui ont fait écho ces derniers temps.
Toutefois tout cela n’est que le sommet de l’iceberg. Ce genre de frasque est maintenant rapporté au grand jour car tous les jeunes possèdent des portables capables de filmer. Ce mal-être était présent dans notre société depuis des lustres toutefois les cas n’étaient pas rapportés à la police car souvent les comportements violents se retournent contre les parents eux-mêmes qui se sentent obligés de protéger leurs enfants ou pour d’autres raisons.
Ces signes de violence de la part des jeunes qui s’invitent progressivement dans les médias doivent cependant servir à nous pousser en vue de nous mettre en garde et à réfléchir à des solutions. La situation est-elle alarmante ? Comparé à d’autres pays, on peut dire non ! Mais toutefois des solutions fermes s’imposent pour mettre un terme à cela, s’insurgent les personnes concernées.
La situation à Maurice deviendra inquiétante quand certaines institutions censées garantes de la transmission des valeurs humaines seront dépassées par les événements. Aujourd’hui une panoplie de mesures ont été prises, sont en gestation ou toujours en élaboration pour attaquer ce mal qui touche le monde entier. Pendant longtemps, certains experts ont priorisé le dialogue en guise de solution, au lieu de la punition. Mais aujourd’hui les temps ont changé et pour redresser notre jeunesse, nombreux pensent, qu’il est l’heure d’adopter les grands moyens.
Caroline Tacour, psychologue et neuropsychologue explique que l’adolescence est la phase de transition entre l’enfance et l’âge d’adulte. « C’est l’âge où les enfants commencent à répondre eux-mêmes aux questions qu’ils posent. En tout cas, c’est une période trouble, rythmée par des crises puisque l’ado est en quête de son identité, mais en même temps veut s’imposer, être reconnu et accepté. Tout cela, en ayant à faire face à une pression énorme, de la part des parents, de l’école, de la société », dit-elle.
Elle explique que quand l’adolescent n’est pas compris, encadré et écouté par son entourage durant cette période difficile, il risque de développer un comportement agressif. Elle insiste qu’il est « primordial » de chercher à comprendre ce qui se passe dans la tête des adolescents au lieu de les juger. «Certains ados deviennent violents parce qu’ils vivent dans un environnement violent, où les parents se disputent souvent à la maison. Il finit par croire que pour avoir ce qu’il veut, il doit se montrer agressif ». Mais d’ajouter, qu’il ne faut pas s’arrêter à cette image : « La violence chez la plupart des ados est l’expression d’un certain mal-être. Ils font face à une souffrance ou un conflit interne qu’ils ne parviennent pas à maîtriser. »
Caroline Tacour fait ressortir que ces dernières années, le degré d’exposition et le conditionnement à cette violence a joué un rôle important dans la tendance des jeunes pour la violence. « Nos ados sont nés avec tous les privilèges de la technologie : télévision, ordinateur et consoles de jeux, tout ce qu’il faut pour qu’ils aient une notion de violence. Ils sont exposés à des images violentes qui peuvent les inciter à imiter ce qu’ils voient parce qu’ils ont un esprit très influençable. Le comportement agressif des adolescents n’est d’ailleurs que le reflet de la société dans laquelle ils vivent », a-t-elle lâché.
La psychologue définit l’agressivité comme un trouble du comportement résultant d’une frustration ou d’une colère que l’on ne peut réprimer. « La jeunesse arrive difficilement à contrôler ses émotions telles que la colère, la jalousie, la frustration ou la rage car il ne possède pas un mécanisme qui lui permet d’accepter la soumission en cas de conflit, s’il est perturbé », dit-elle. Et d’ajouter que d’autre part on vit dans une société où ce sont surtout ceux qui transgressent les lois qui deviennent des vedettes. Elle fait ressortir que les cas de violence physique et verbale impliquant des jeunes adolescents sont légion à Maurice.
Elle explique qu’il existe deux types d’agressivité chez les jeunes. Le premier, «instrumental » où il boude, frappe, bouscule, veut un objet, un privilège et le second « hostile » où il vise à faire du mal, à blesser. « Celui-ci se manifeste généralement par des coups et blessures ou encore par le rejet de l’autre ». Si la majorité des cas d’agression instrumentale disparaît au fur et à mesure que l’adolescent grandit, elle explique que l’agression hostile, lui, tend à prendre de l’ampleur avec l’âge. « L’absence d’un modèle sous la forme d’un parent ou d’un professeur peut expliquer quelques cas mais il est un fait que chez certains enfants l’agressivité est un moyen pour eux de se faire remarquer », souligne Caroline.
La psychologue fait ressortir que les parents doivent jouer pleinement leur rôle sur le plan affectif et relationnel. « Des recherches ont démontré que des enfants victimes de carences affectives durant les premières années de leur vie ont plus de chances de développer des troubles relationnels et éprouvent plus de difficultés à se contrôler. Cependant à travers le dialogue, des leçons de morale, on peut arriver à faire comprendre à l’enfant qu’il existe de nombreux autres moyens de le faire sans blesser l’autre. »
Isolement et privation
Elle explique qu’il existe de nombreuses méthodes pour contrecarrer l’agressivité chez les adolescents comme par exemple l’isoler quelque temps pour lui permettre de méditer sur son acte ou encore le priver de ce qu’il aime le plus. Avant d’ajouter que « les parents sont seuls juges pour trouver la meilleure solution car tous les enfants ne réagissent pas de la même manière. À la maison, il faut surtout privilégier la pensée positive et essayer autant que possible de garder les enfants loin des images qui évoquent la violence et ne pas hésiter à condamner ces actes en leur présence. »
Thérapie de groupe
Comme solution, la psychologue préconise également les thérapies de groupe où les enfants et les adolescents peuvent se voir, se parler, échanger leurs angoisses, leurs frustrations et découvrir qu’ils ne sont pas les seuls à se retrouver dans cette situation et que des solutions pour s’en sortir existent bel et bien.
Redonner le pouvoir au corps professoral et aux parents.
Yaya Paraouty, le président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), pour sa part, est d’avis que les aînés doivent pouvoir reprendre le contrôle sur les jeunes. Celui qui a travaillé comme enseignant avec les jeunes pendant plus de 25 ans, dans les écoles et collèges pense que le corps professoral et les parents doivent pouvoir gronder les enfants lorsqu’ils ont fauté ou se sont mal comportés.
Yaya Paraouty, qui se positionne toutefois contre le ‘corporal punishment’ explique que dans le passé, les enfants avait une certaine crainte pour faire des bêtises car ils savaient qu’ils allaient passer un mauvais quart d’heure que ce soit avec les professeurs ou les parents. Mais que dorénavant ils se permettent de tout faire, se croyant invincibles et intouchables. Raison pour laquelle, ils grandissent avec un état d’esprit rebelle, selon lui. Le président de l’UPSEE ajoute qu’un coup de rotin et des punitions tels s’agenouiller, permettra à l’enfant de réfléchir sur les conséquences avant d’agir brutalement. Et selon lui, inculquer de telles punitions dès leur jeune âge, sera bénéfique pour après l’école.
Retirer du cadre scolaire
Pour Yaya Paraouty, il est évident que tous les enfants ne sont pas faits pour l’école. Raison pour laquelle, il explique que ceux qui ne sont pas intéressés par l’école doit pouvoir être recadrés et canalisés dans des cours d’IVTB pour un métier dès le plus jeune âge. « Les établissements scolaires ne sont pas des couvents. Les autorités doivent mettre en place un système pour que les enfants qui ne sont pas faits pour l’école ne perdent pas de temps à faire semblant. Il faut arrêter de faire plus de tort à ces enfants qui ne veulent pas apprendre. Et leur laisser libres de choisir leur domaine de prédilection », fait-il ressortir.
Ne pas rassembler tous les jeunes dans un même cadre
Le président de l’UPSEE estime qu’il ne doit pas avoir de mixité entre les élèves turbulents et ceux qui veulent apprendre. Il va plus loin pour dire que ceux qui se sont mal comportés ne doivent pas être mélangés avec les bons élèves au risque de les influencer. Yaya Paraouty explique également que ceux qui ont été exclus d’un collège ne doit pas être réintégrés dans un autre. Il cite l’exemple d’une fille qui avait été expulsée de deux collèges, et à peine quelques jours, dans l’établissement féminin Medco Cassis, elle a récidivé et s’est retrouvée dans une bagarre à la gare du Nord.
Que dit la loi à propos de la délinquance juvénile ?
Il est important de faire la distinction entre délinquance juvénile et criminalité. Cette dernière implique des délits jugés dangereux pour la société et qui méritent des sanctions. Or, quand certains délits sont commis par des adolescents de moins de quatorze ans, la justice cherche d’abord à déterminer si le jeune est conscient ou pas de son acte. S’il est prouvé qu’il a agi sans discernement, il sera acquitté, remis à ses parents ou conduit dans une maison de correction pour y être élevé et détenu pendant un certain nombre d’années qui sera déterminé par le juge. Cette détention ne doit pas durer au-delà de l’âge de maturité de l’adolescent. Si, le cas échéant, la cour estime que le jeune accusé est pleinement responsable de son acte, il sera condamné à l’emprisonnement dans une maison de correction pour une période décidée par le juge.