Corée du Nord : quatre questions sur le lancement d’un satellite espion par Pyongyang

in Monde

Le lancement mercredi 31 mai 2023 de ce qui est présenté comme un « satellite de reconnaissance militaire » par la Corée du Nord, a généré des alertes en Corée du Sud et au Japon. Une inquiétude rapidement dissipée, l’objet s’étant écrasé en mer Jaune. L’opération illustre une nouvelle fois l’ambiguïté entretenue par Pyongyang entre son programme balistique et son programme spatial.Un vent de panique a soufflé en Corée du Sud et au Japon après le lancement d’un « satellite de reconnaissance militaire » par la Corée du Nord, mercredi 31 mai 2023.Une alerte au missile au Japon et un ordre d’évacuation à Séoul ont été donnés. L’objet, pas encore identifié avec certitude, s’est finalement écrasé dans la mer Jaune. Ce nouveau coup de d’éclat du régime nord coréen illustre la méfiance de ses voisins quant à ce qui est présenté comme un lancement spatial, alors qu’il pourrait s’agir d’un missile.1. Pourquoi ce lancement a-t-il mis en alerte la Corée du Sud et le Japon ?La Corée du Nord avait annoncé son intention de lancer un satellite depuis plusieurs jours. Mais le Japon et la Corée du Sud craignaient plutôt un nouveau missile balistique intercontinental (ICBM), dont les essais ont été normalisés par Pyongyang depuis un an.Alors, au moment du lancement peu avant minuit (environ 7 h le lendemain, heure locale), mardi 30 mai, l’alerte a été donnée dans les deux pays.En Corée du Sud, l’alerte a été massivement diffusée, avant d’être retirée. « Lancement de missile. Lancement de missile. La Corée du Nord semble avoir lancé un missile. Veuillez vous abriter à l’intérieur des bâtiments ou sous terre », a indiqué l’alerte tweetée par le bureau du Premier ministre japonais à l’intention des habitants d’Okinawa, et diffusée par la chaîne nationale NHK.Finalement, le gouvernement a annulé son alerte 30 minutes plus tard en estimant que tout danger était écarté. Le manque d’information associé au rétropédalage a mis le gouvernement sud-coréen sous le feu des critiques, de nombreux habitants s’inquiétant de la capacité du pays à réagir en cas de véritable attaque.2. S’agit-il bien d’un satellite ?Impossible à dire pour le moment. Selon Pyongyang, il s’agit bien d’un « véhicule de lancement spatial ».L’armée sud-coréenne a publié des images des débris du satellite et de son lanceur qu’elle a annoncé avoir repêché en mer Jaune, à 200 km de l’île d’Eocheong, loin au large de la côte occidentale de la péninsule. Ces images montrent une grande structure métallique en forme de cylindre avec quelques tuyaux et fils à son extrémité.Cependant, la vitesse à laquelle les alertes ont été arrêtées au Japon et en Corée du Sud laisse penser que les deux pays se sont rendu compte qu’il s’agissait bien d’un satellite. Ils ont peut-être même été informés par la Corée du Nord. Celle-ci prévient de la trajectoire du lancement d’un satellite en temps normal car elle « cherche à se normaliser à la fois en tant que puissance spatiale, mais également en tant que puissance disposant d’une capacité de lancement spatiale », indiquait au Figaro Antoine Bondaz, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et spécialiste de la Corée du Nord.Guerre en Ukraine : selon vous, les États-Unis conduisent-ils une guerre qui ne dit pas son nom ?3. La Corée du Nord a-t-elle un véritable programme spatial ?Oui. D’ailleurs, cette opération s’inscrit vraisemblablement dans le cadre du programme spatial Kwangmyŏngsŏng ( « Etoile brillante » en français), le seul connu du pays. Il s’agit du septième lancement de satellite revendiqué par Pyongyang depuis 1998. Selon Washington, le programme fait appel à « la technologie des missiles balistiques » et enfreint dès lors les sanctions imposées par les Nations Unies.Mais la Corée du Nord ne disposerait d’aucun satellite en fonctionnement. Certains appareils auraient bien été mis en orbite par le passé, mais aucun organisme indépendant n’est jamais parvenu à capter leurs signaux, laissant penser à un dysfonctionnement.Les deux derniers lancements ont bien été réussis, en 2012 et en 2016. Mais des inquiétudes avaient été émises sur le fait autour du « lanceur spatial », qui repose sur la même technologie que celle permettant de lancer des missiles à longue portée. Des résolutions avaient été adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies pour condamner ces lancements.Quoi qu’il en soit, le lancement est un échec. « La nouvelle fusée de transport de satellites Cheollima-1 s’est abîmée dans la mer de l’Ouest », le nom coréen de la mer Jaune, a déclaré l’agence de presse d’État KCNA, expliquant cet échec par « une perte de poussée due à un démarrage anormal du moteur du deuxième étage, après la séparation du premier étage pendant un vol normal ».Qu’importe pour la Corée du Nord. Selon Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha de Séoul, le succès de la mission importe moins que la capacité de Pyongyang à construire un discours de propagande et une nouvelle rhétorique diplomatique autour de ses capacités spatiales, a-t-il indiqué à l’AFP.4. Quelle a été la réaction des États-Unis ?Les États-Unis « condamnent fermement » ce tir, qui « accroît les tensions », selon un communiqué de la Maison Blanche mardi.Cela « risque de déstabiliser la situation sécuritaire dans la région et au-delà », a estimé Adam Hodge, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, rattaché à l’exécutif. « Ce prétendu lancement spatial utilise des technologies directement liées au programme de missiles balistiques intercontinentaux de la Corée du Nord. Nous ne fermons pas la porte à la diplomatie, mais Pyongyang doit immédiatement cesser ses provocations et opter pour le dialogue », a précisé Adam Hodge, appelant « tous les pays » à condamner ce lancement.Les États-Unis « prendront toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité du territoire américain et de leurs alliés de Corée du Sud et du Japon », a-t-il conclu.Le Quai d’Orsay également réagit, tenant la même position. « La France condamne fermement la tentative de lancement le 31 mai d’un satellite militaire de la part de la Corée du Nord, réalisée en violation flagrante des résolutions du Conseil de sécurité, est-il écrit dans le communiqué diffusé par le ministère des Affaires étrangères le même jour. La France souligne sa détermination à poursuivre l’objectif de la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la Corée du Nord et est pleinement mobilisée avec ses partenaires européens et internationaux, dans l’objectif d’assurer la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. »

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