Malgré les campagnes de prévention, les initiatives associatives et les dispositifs d’éducation sexuelle, la sexualité reste difficile à aborder dans les familles, les couples, les écoles et les services de santé des deux pays.
En France, la sexualité reste difficile à évoquer
Selon le SexReport 2026 d’Adam & Eve, seules 22,9 % des personnes interrogées déclarent avoir pu parler absolument ouvertement de sexualité durant leur jeunesse. Pour 21,8 %, ces échanges étaient à peine possibles. De leur côté, 20,5 % indiquent qu’elles ne pouvaient pas aborder le sujet.
Ces données montrent que la circulation de l’information sur la sexualité reste limitée dès l’enfance et l’adolescence. La prévention des infections sexuellement transmissibles, la contraception et le consentement sont directement concernés.
La protection contre les IST reste inégalement utilisée
Le plan gouvernemental français consacré à la lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles prévoit notamment une extension des prescriptions en pharmacie.
En France, 44,8 % des hommes interrogés utilisent un moyen de contraception pour se protéger des IST, contre 17,9 % des femmes. La pilule protège d’une grossesse, mais elle ne protège pas des infections sexuellement transmissibles.
Seules 15,9 % des femmes déclarent utiliser un préservatif. Les méthodes hormonales ou intra-utérines sont davantage citées : 24 % utilisent la pilule et 17,7 % ont recours à un stérilet hormonal ou au cuivre. Au total, 41,7 % des femmes utilisent une méthode hormonale ou intra-utérine, contre 23,5 % des hommes.
La contraception est utilisée pour éviter une grossesse non désirée par 65,3 % des personnes interrogées. La protection contre les IST est citée par 44,8 % d’entre elles.
Les jeunes, principaux utilisateurs du préservatif
Les 18-29 ans déclarent davantage utiliser le préservatif comme moyen de contraception. Ils sont 39,4 % à le citer, contre 29,1 % pour la pilule.
Cette tranche d’âge est ciblée par le plan gouvernemental consacré à l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle, l’EVARS. Ce programme porte notamment sur les relations, la contraception, la prévention des IST et le consentement.
Le consentement reste peu abordé dans les couples
Seules 21 % des personnes interrogées déclarent parler du consentement avant un rapport sexuel. Par ailleurs, 33,9 % estiment que le consentement « va de soi ». Pour 12,1 %, la participation d’un ou d’une partenaire signifie que cette personne est d’accord.
Ces réponses montrent que le consentement n’est pas systématiquement formulé ou discuté. La présence, le silence ou la participation ne permettent pas d’établir à eux seuls un accord.
À Maurice, les discussions progressent malgré les tabous
À Maurice, la santé sexuelle est de plus en plus abordée publiquement. Le sujet, autrefois traité dans un cadre confidentiel, fait désormais l’objet de discussions dans les médias, les écoles, les associations et les services de santé.
Les traditions ainsi que certains tabous religieux et culturels continuent toutefois de limiter les échanges. Les enjeux sanitaires et l’action des ONG participent à l’évolution des discussions sur la contraception, les IST, le consentement et les droits sexuels.
Une population favorable à l’éducation sexuelle
Selon une enquête d’Afrobarometer, 94 % des Mauriciens interrogés soutiennent l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école. L’accès universel à la contraception, sans distinction liée au statut marital, recueille l’accord de 68 % de la population.
Ces chiffres témoignent d’un soutien à la transmission d’informations sur la sexualité et la santé reproductive, alors que les discussions privées restent influencées par les normes familiales, sociales, religieuses et culturelles.
Les initiatives pour ouvrir la discussion
L’ONG PILS, pour Prévention Information Lutte contre le SIDA, a lancé le « Sextival » à Port-Louis. Cet événement associe sexualité, culture et information afin d’ouvrir un espace de discussion sur la prévention, les relations et la santé sexuelle.
Dans le milieu scolaire, l’éducation sexuelle connaît une mise en œuvre variable dans les établissements publics. Le Secrétariat de l’Éducation Catholique, le SeDEC, a conçu des manuels d’Éducation à l’Affectivité et à la Sexualité, l’EAS, destinés aux élèves du secondaire.
Les médias participent également à cette diffusion. Des émissions spéciales, notamment sur Top FM, donnent la parole à des sexologues et à des médecins. La Mauritius Family Planning Welfare Association, la MFPWA, utilise des outils numériques, dont des chatbots, afin de répondre anonymement aux questions des jeunes.
Des services de santé accessibles, mais encore peu sollicités
Maurice compte le Centre Banian, présenté comme le premier centre de santé sexuelle communautaire du pays. Il est géré par PILS en partenariat avec le ministère de la Santé. Le centre propose des dépistages du VIH, de la syphilis et de l’hépatite C, ainsi que des conseils gratuits.
Les autorités signalent une hausse des infections sexuellement transmissibles chez les jeunes. Le ministère de la Santé organise des campagnes de prévention et de vaccination contre le papillomavirus humain, le PVH, auprès de dizaines de milliers d’enfants.
Malgré la gratuité du système de santé, la stigmatisation peut éloigner certaines personnes des services de soins, notamment dans la communauté LGBTQIA+ et chez les travailleurs et travailleuses du sexe. Le droit à l’avortement et l’autonomie reproductive des femmes restent également au centre de débats à Maurice.