Les nouvelles dispositions de cette loi visent à renforcer le cadre légal dans l’utilisation des réseaux sociaux. Evidemment cette démarche du gouvernement a provoqué une levée de boucliers de la part des partis de l’Opposition qui l’interprètent comme une tentative de museler les opposants au régime et une atteinte à la liberté d’expression.
Bien sûr il n’en est rien car ces amendements étaient ‘long overdue’ parce que depuis l’avènement de l’Internet, il y a eu beaucoup d’abus sans que les autorités puissent lever le petit doigt. Les protestations de l’Opposition et de certains citoyens ne tiennent donc pas la route. Toute activité a l’obligation d’être encadrée par un cadre légal raisonnable dans une société civilisée.
Les droits d’un individu s’arrêtent là où ceux de son prochain commencent. Ce sont là les fondements même d’une démocratie qui se respecte. Il y a aussi d’autres paramètres qui entrent en jeu comme le droit à la vie privée, être protégé contre la propagation de fausses nouvelles, pouvoir obtenir réparation au cas où on sent que ses droits ont été lésés.
Les réseaux sociaux sont devenus comme une jungle à Maurice où n’importe qui peut dire n’importe quoi sur autrui sans que cette personne n’ait aucun recours pour dénoncer et mettre fin à ces attaques. Or, dans un pays civilisé, la jungle et l’anarchie n’est pas tolérable. Les amendements aux lois existantes visent donc à protéger les citoyens bien intentionnés et dénoncer ceux qui ont des agendas cachés et dont les actions n’ont comme seul objectif que de nuire.
Oui, dans une démocratie il faut des contre-pouvoirs, il faut que la presse joue son rôle, et que les citoyens aient droit à la parole dans la gestion des affaires de la cité. Il faut que la population s’organise pour être un chien de garde contre le pouvoir. L’administration des affaires d’un pays n’est guère facile et bien souvent les personnes qui en ont la responsabilité se laissent aller à des dérives inacceptables et il faut que la population ait les moyens de remettre au pas les pourris et les récalcitrants.
L’Internet a révolutionné le partage de l’information et aujourd’hui les plateformes ne manquent pas pour véhiculer une opinion, une critique ou une proposition. Il ne faut pas y toucher mais il faut réguler. La presse traditionnelle à Maurice est la plus ancienne de l’hémisphère sud et malgré tous les cris de putois que nous entendons régulièrement de la part de certains éditorialistes, elle arrive à faire son travail dans de bonnes conditions sans aucune contrainte. Si vraiment le gouvernement avait un agenda visant à museler la presse, cela n’aurait pas été difficile. Mais ce n’est ni dans l’intérêt du gouvernement ni dans celui du pays.
D’autre part, il y a eu beaucoup d’abus dans l’utilisation de l’Internet et Maurice étant un pays multiracial, multiculturel, multi religieux et multiethnique, nous ne pouvons pas permettre à certains pyromanes de donner libre cours à leurs instincts les plus primaires. Nous avons connu les bagarres raciales et les émeutes dans le passé. Il est impératif de tirer des leçons de tous ces évènements car une allumette peut mettre ce pays à feu et à sang et comme nous sommes tous dans le même bateau, personne ne sortira gagnant d’une telle situation.
Aujourd’hui à travers Facebook, n’importe quel quidam peut créer un faux profil et commencer à insulter et à dire des insanités contre quelqu’un d’autre. Cela peut se passer entre un mari et une femme qui ont eu un problème dans leur couple, entre un employeur et son employé, entre un élève et son professeur, entre des voisins, bref ‘the sky is the limit’. Faut-il laisser perdurer cela? Les amendements votés n’ont pas comme principal objectif d’empêcher des critiques contre le gouvernement comme veut le faire croire l’Opposition et certains membres de la presse.
Chaque jour qui passe apporte son lot de désolation en termes d’accidents de la route, de meurtres, de viols, d’abus sur les femmes et les enfants, de délinquance, de grossesses précoces etc . Tout ceci est répercuté sur le net et il y a également des pédophiles qui sont aux aguets ne cherchant que l’occasion propice pour passer à l’action. Dans toutes les familles, les enfants ont un accès facile aux téléphones portables et autres tablettes électroniques. Ne faut-il pas que le gouvernement agisse pour protéger nos enfants contre des contenus nocifs?
Par ailleurs, en ce qu’il s’agit des critiques contre le gouvernement doit-on tout tolérer et n’imposer aucune limite ? L’épouse d’un politicien qui elle n’est pas impliquée politiquement doit-elle être l’objet de débats et de commentaires désobligeants par rapport à l’activité de son mari. Nous ne parlons pas particulièrement de Kobita Jugnauth, de Veena Ramgoolam ou de Lady Sarojini Jugnauth mais de toutes les épouses des politiciens et il va de soi que cela s’applique également aux époux des politiciennes et leurs enfants ainsi que leurs proches. Non, il faut mettre fin aux dérives. Ce n’est pas possible de cautionner tous ces écarts.
Il fut un temps où dans la presse, le professionnalisme était sacré et où la vérification et la contre vérification des informations étaient d’une importance capitale avant leur publication ou leur circulation. Aujourd’hui, avec la quête perpétuelle du sensationnalisme, les valeurs ont perdu tout leur sens et avec l’Internet c’est à qui tire plus vite que son ombre qu’on joue. Nous avons vu comment des vies, des réputations, des carrières peuvent être brisées à travers des rumeurs qu’on circule, de fausses nouvelles et des informations non vérifiées. A travers les réseaux sociaux la situation est pire et quand la balle est partie, c’est quasiment impossible de rattraper le coup. Les mises au point sur Facebook n’existent pas.
Avec les amendements au Judicial and Legal Provisions Act, le gouvernement a fait un pas dans la bonne direction mais il faut poursuivre le débat. Faut-il introduire par exemple dans le cursus scolaire un programme par rapport à l’utilisation responsable des réseaux sociaux ? Nous pensons que cela doit être le cas tout comme pour la sexualité et la conduite sur nos routes.
Terra Del Fuego