Comme de nombreux pays africains, Maurice doit faire face à la menace du changement climatique. L’Ile fait partie des nations les plus vulnérables face au phénomène.
Sur les 25 prochaines années, l’Ile Maurice aura besoin de mobiliser U$D 5,6 milliards soit Rs 260 milliards pour assurer son développement tout en répondant au défi climatique. C’est ce qu’estime la Banque mondiale dans un rapport sur le climat et le développement, publié le 18 février.
Ce montant comprend U$D 4,2 milliards, soit Rs 195 milliards, dédiés aux mesures d’atténuation et d’adaptation, et U$D 1,4 milliard, soit Rs 64 milliards, consacré à des réformes visant à dynamiser l’économie.
Si l’enveloppe représente 2,3% du PIB par an jusqu’en 2030, puis 0,9% du PIB par an au cours des 20 années suivantes, l’organisation souligne que le coût de l’inaction est encore plus important (perte estimée jusqu’à 4 % du PIB d’ici 2050).
A l’image de la plupart des pays africains, le pays insulaire ne contribue qu’à une faible fraction des émissions mondiales (0,01 %), mais est l’un des plus exposés aux aléas climatiques comme l’élévation du niveau de la mer et des températures, la multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des cyclones intenses.
Avec le tiers de la population qui est concentrée sur le littoral et une économie qui repose sur le tourisme et la pêche, le rapport estime qu’un tel investissement pourra permettre à l’Ile de s’adapter au changement climatique mais aussi de tirer profit des opportunités de développement durable.
Miser sur des interventions structurelles
Pour y arriver, la Banque mondiale appelle entre autres à des réformes structurelles pour réduire l’exposition et la vulnérabilité de l’Ile. Les interventions préconisées englobent des investissements dans la protection du littoral, les systèmes de réduction des risques de catastrophe, l’extension des dispositifs de protection sociale inclusive et des réformes pour la durabilité de l’eau.
« Par exemple, des infrastructures insuffisantes et vieillissantes ne permettent de capter que 8% des pluies annuelles, dont 61% sont perdues avant d’atteindre les usagers (ce que l’on appelle l’’’eau non facturée’’). Au final, à peine 3% des précipitations sont effectivement utilisées. Sans action, Maurice devrait passer d’une situation de stress hydrique à une véritable pénurie d’eau d’ici 2030 », préviennent les auteurs.
Sur un autre volet, l’institution recommande d’axer les politiques publiques sur des secteurs à fort impact comme le tourisme durable en diversifiant l’offre à l’intérieur des terres, l’économie bleue avec un soutien à la pêche durable et surtout les énergies renouvelables.
Alors que le gouvernement mauricien s’est fixé pour objectif de produire 60% de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2035, le plus grand prêteur public souligne qu’il faudra déjà d’ici 2030, près de U$D 373 millions soit Rs 17.3 mds d’investissements.
Dans un contexte où les marges de manœuvre publiques sont limitées en raison de l’endettement du pays (88,5% du PIB en juin 2025), le secteur privé devrait jouer pleinement sa partition.
« Avec un déficit de financement annuel estimé à 213 millions de dollars soit 9.8 mds, les finances publiques devront jouer un rôle catalyseur pour mobiliser le capital privé. Les banques et assureurs locaux, les fonds de pension et les mécanismes de paiements pour services écosystémiques pourront contribuer à combler cet écart, à condition que le secteur public prenne l’initiative pour réduire les risques des investissements », plaident-ils.