Mesures pour protéger les consommateurs Mauriciens

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Maurice fait une nouvelle fois face à une réalité préoccupante : la hausse des prix des matières premières sur le marché international, l’augmentation des coûts de fret et, en conséquence, une pression croissante sur les prix des produits de première nécessité. Dans ce contexte, la volonté de protéger les consommateurs est légitime. Mais la manière de le faire est déterminante.

Certes, les indicateurs récents peuvent donner une impression de relative stabilité. Le taux d’inflation annuel s’est établi autour de 3,5 % en février 2026, en baisse par rapport à 3,9 % en janvier. La Banque de Maurice prévoit d’ailleurs une inflation moyenne d’environ 3,6 % en 2026.

 Cependant, cette apparente accalmie masque une réalité plus complexe : certaines composantes clés, notamment le transport et les services, restent sous pression, et les risques liés aux tensions géopolitiques demeurent élevés.

 Du côté des carburants, les prix à la pompe restent élevés, avec environ Rs 58,45 par litre pour l’essence et Rs 64,80 pour le diesel en mars 2026. Bien que ces prix aient été maintenus récemment, ils restent sensibles aux fluctuations du pétrole mondial et aux coûts logistiques.

 Dans ce contexte, tenter de contenir artificiellement les prix en absorbant les hausses de coûts au sein du système d’approvisionnement est une stratégie économiquement fragile et difficilement soutenable à long terme.

 Les produits essentiels reposent sur une structure de coûts bien définie : prix internationaux, transport, assurance, stockage et distribution. Lorsque ces coûts augmentent, ignorer cette réalité ne supprime pas la pression — cela ne fait que la déplacer ailleurs dans le système, souvent de manière non transparente.

Si Maurice souhaite réellement protéger les consommateurs, il est impératif d’adopter une stratégie plus claire, plus ciblée et plus responsable.

 Le budget mensuel moyen d’un ménage est déjà passé d’environ Rs 43 400 à Rs 45 000 entre 2024 et 2025, et cette tendance haussière se poursuit en 2026. Or, les dépenses les plus sensibles — transport, alimentation et énergie — sont précisément ceux qui pèsent le plus sur les familles.

 Les subventions doivent être explicites et ciblées. Les subventions généralisées sont coûteuses et inefficaces. Le gouvernement devrait mobiliser des instruments comme le Price Stabilisation Fund pour soutenir les produits essentiels tels que le riz, la farine, l’huile alimentaire et le gaz. Un système ciblé — par exemple via des bons numériques ou des mécanismes de distribution contrôlée — permettrait d’aider les ménages les plus vulnérables.

 Lorsqu’un écart apparaît entre le coût réel d’approvisionnement et le prix de vente réglementé, cet écart doit être pris en charge de manière transparente par des mécanismes budgétaires appropriés. Toute autre approche crée des déséquilibres et fragilise le système dans son ensemble.

 Un allègement temporaire des taxes et prélèvements sur les produits essentiels pourrait offrir un soulagement immédiat aux consommateurs. Des ajustements de TVA ou de droits d’accise peuvent avoir un effet direct sur les prix.

 Maurice doit renforcer son approche stratégique en matière d’approvisionnement. Le recours à des achats à terme et à des mécanismes de couverture permettrait de limiter l’exposition aux fluctuations des prix internationaux.

 Enfin, le contrôle du marché doit être intensifié. Le ministère du Commerce et de la Protection des consommateurs doit renforcer les inspections afin de prévenir toute hausse abusive des prix. Les consommateurs ne doivent pas être pénalisés deux fois — par l’inflation mondiale et par des pratiques locales abusives.

Le principe est clair : la protection des consommateurs doit être assurée par des politiques publiques transparentes, et non par des mécanismes implicites et fragiles.

 Maurice dispose des outils nécessaires pour faire face à cette situation. Il est temps d’adopter des décisions courageuses, structurées et durables.

Suttyhudeo Tengur, GOSK, CSK

Président

APEC

03 April 2026