Avec “L’étranger”, François Ozon s’approprie Albert Camus dans un noir et blanc tranchant

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Après une adaptation ratée de Luchino Visconti en 1967, le classique littéraire de Camus est à nouveau porté sur grand écran. Dans un noir et blanc tranchant, “L’étranger” de François Ozon sorti le 5 novembre, étonnamment réussi, épouse l’absence de Meursault, incarné avec une opacité géniale par Benjamin Voisin.

Marguerite Duras avait l’habitude de fustiger les adaptations littéraires au cinéma. Selon elle, l’image fixée à l’écran se substituait invariablement à l’imaginaire des mots. Comme si le visage de Benjamin Voisin allait marquer à vie les futures lectures de “L’étranger” d’Albert Camus, altérer notre regard, superposer à la langue de l’écrivain le noir et blanc de François Ozon.

C’est sans doute accorder trop peu de confiance au pouvoir d’évocation d’un texte littéraire face à sa transposition au cinéma, qui relève, dans le meilleur des cas, d’une trahison ou d’une vision singulière. Celle d’Ozon, dont on n’attendait rien, s’avère étonnamment réussie, justement parce que le cinéaste assume d’y montrer son expérience de lecteur, plutôt qu’une adaptation fidèle au point d’en devenir illustrative.