Communiqué des Biblistes Africains sur les questions environnementales en Afrique…

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A l’issue du Congrès de l’Association Panafricaine des Exégètes, dont le thème était « Bible & Ecologie : Contribution des Biblistes Africains aux questions de l’environnement en Afrique », les biblistes ont émis un communiqué qui contient huit recommandations.

Parmi ces recommandations, soulignons l’appel lancé aux autorités :

« Nous appelons nos gouvernements et dirigeants africains à tous les niveaux à élaborer des politiques qui protègent l’environnement et sa biodiversité, le tout pour l’amélioration de la vie sur le continent

ainsi qu’aux entreprises : « Nous appelons toutes les entreprises et multinationales qui travaillent en Afrique à être plus respectueuses de l’environnement et écosensibles dans leurs modes de fonctionnement, et à travailler à l’amélioration générale de l’harmonie créative sur le continent et à la conservation de sa riche biodiversité ».

Les biblistes encouragent aussi « à plus d’espoir face aux réalités déprimantes causées par les catastrophes écologiques ».

Voici le communiqué:

PRÉAMBULE
L’Association Panafricaine des Exégètes Catholiques (APECA) a tenu son 20e Congrès biennal au
Foyer de l’Unité, Souillac, Maurice, du 3 au 10 septembre 2022, sur le thème « BIBLE ET ECOLOGIE
: CONTRIBUTION DES BIBLISTES AFRICAINS ». Le thème était une réponse théologico-biblique
à la crise environnementale que connaît le monde contemporain, avec de grandes répercussions sur le
continent africain. Le Congrès, qui a duré une semaine, a vu la présence de nombreuses personnalités
éminentes venues de divers domaines de l’activité humaine, tant de Maurice qu’au-delà. Il y avait
d’importantes personnalités telles que l’évêque de Port Louis, Son Eminence le Cardinal Maurice Piat
; l’Archevêque émérite d’Abuja (Nigeria), Son Eminence le Cardinal John Olorunfemi Onaiyekan ;
l’évêque de Grand Bassam (Côte d’Ivoire) et président de l’APECA, Mgr Raymond Ahoua ;
l’Honorable Ministre de l’Environnement de Maurice, M. Kavydass Ramano ; des membres du clergé
et des religieux; de distingués membres de la presse écrite et électronique. Après d’intenses
délibérations et une réflexion priante, nous communiquons par la présente ce qui suit à tous les hommes
et femmes de bonne volonté :

  1. SIGNIFICATION DE L’ÉCOLOGIE
    Nous nous associons au Pape François qui, dans sa célèbre encyclique sur l’environnement, Laudato
    Si, explique l’écologie comme l’étude de la relation entre les organismes vivants et l’environnement
    dans lequel ils se développent; et comme il le dit, cela passe nécessairement par une réflexion et un
    débat sur les conditions nécessaires à la vie et à la survie de la société, et sur l’honnêteté nécessaire
    pour remettre en question certains modèles de développement, de production et de consommation
    (Laudato Si, 138). L’écologie est basée sur le fait que tout est lié. Cette compréhension nous impose la
    responsabilité de réfléchir et de trouver des solutions aux problèmes auxquels notre relation avec le
    reste de la création est confrontée.
  2. OBJET DU THÈME
    Nous voyons la Bible comme le livre fondamental de vie et comme la plus grande source de notre
    compréhension de la nature de Dieu et du mode de relation entre Dieu et l’ensemble de la création.
    Nous considérons également la Bible et ses récits comme le livre le plus lu parmi notre peuple en
    Afrique aujourd’hui. Par conséquent, nous considérons la Bible comme une référence inévitable pour
    comprendre notre connexion humaine avec d’autres créatures. La Bible présentant une perspective
    riche et diversifiée sur la création, elle reste la base fondamentale de toute véritable discussion sur
    l’écologie. Il devient nécessaire pour les biblistes de présenter une clé d’interprétation pour comprendre
    ce que dit la Bible sur la création. En tant que biblistes africains, nous considérons qu’il est de notre
    responsabilité de présenter cette perspective biblique sur l’écologie comme une réponse et comme une
    solution à de nombreux défis écologiques sur le continent africain.
  3. DÉFIS ÉCOLOGIQUES DANS LE CONTEXTE AFRICAIN CONTEMPORAIN
    Nous nous émerveillons devant l’immense richesse de l’Afrique en matière de biodiversité écologique,
    et l’Afrique, notre continent, est reconnu comme le continent qui possède la plus grande biodiversité
    au monde. De nombreux pays africains abritent les plus grandes espèces de plantes et d’animaux du
    monde, qui habitent souvent le même écosystème. Mais nous sommes aussi témoins des nombreux
    problèmes écologiques du continent africain. Ceux-ci comprennent l’abus téméraire de l’écosystème et
    les dégradations de l’environnement à différents niveaux, tels que la pollution de l’air, la pollution de
    l’eau, la pollution des sols, la pollution sonore et la perte de valeur pour ce qui est de l’écosystème et
    de la vie humaine, à tous les niveaux. La plupart des villes africaines sont construites sur des
    bidonvilles et des ghettos où les êtres humains font face à des risques sanitaires inimaginables. Cela a
    rendu difficile l’élimination de certaines maladies et a créé un environnement propice à de nouvelles
    maladies. Actuellement, l’Afrique reste au bas de l’échelle mondiale de l’indice de pauvreté malgré
    toutes ses richesses naturelles et humaines. Tous ces sujets sont très préoccupants et constituent un
    défi pour une étude et une réflexion plus approfondies.
  4. INTERPRÉTATION DES DONNÉES BIBLIQUES SUR LA CRÉATION
    Nous pouvons tirer beaucoup d’enseignements du texte biblique dans nos efforts pour relever la
    myriade de défis écologiques en Afrique. Bien que la compréhension biblique de la création soit une
    perspective largement religieuse, qui emploie diverses formes littéraires dans son contenu, elle ne
    contredit pas nécessairement le point de vue scientifique authentique. Elle offre plutôt les fondements
    théologiques et éthiques de la perspective scientifique. La Bible nous aide à comprendre que la création
    est un don de Dieu et le « livre de la nature » pour entendre la parole de Dieu et Le louer. La présence
    de Dieu est partout dans la création, de sorte que l’on peut rencontrer Dieu à travers l’engagement
    envers les êtres créés. Le véritable progrès et le développement de la création sont fondés sur
    l’obéissance à la parole de Dieu. Le fait est que tant que les êtres humains obéissent à la parole de Dieu,
    le cosmos continuera à bien fonctionner. Les récits de la création dans Genèse 1-3 et le Psaume 8
    proposent un scénario où Dieu charge les êtres humains d’être des intendants responsables de la
    création et de promouvoir l’éco-justice dans un monde brisé. Les textes bibliques peuvent parfois
    paraître violents dans leur formulation ; alors, trouver une interprétation adaptée au contexte africain,
    capable d’aborder les enjeux environnementaux du continent, devient un impératif. Cela doit se faire
    en reconsidérant l’anthropocentrisme répandu et une meilleure réponse aux soins à apporter aux autres
    créatures, membres de notre maison commune. Alors que l’affirmation selon laquelle l’être humain est
    au centre de la création a créé de nombreux problèmes, nous devrions voir la position de l’être humain,
    étant donné la raison qui le caractérise, plus comme une position de responsabilité éthique et de
    gouvernement développemental. Le texte biblique atteste à la fois dans l’Ancien et le Nouveau
    Testament le fait que Dieu prend soin de chaque aspect de la nature. Ce souci trouve son
    accomplissement final dans le Christ qui unifie toute la création en lui-même et amène tout le créé, par
    la force transformatrice de l’Esprit Saint, à l’expérience d’une nouvelle création, qui implique la
    purification et le renouvellement de toutes choses. Les livres prophétiques indiquent cette
    transformation finale et les livres du Nouveau Testament attestent son accomplissement par
    l’obéissance au message unificateur du Christ.
  5. RECOMMANDATIONS
    Face aux réalités, défis et promesses d’une création renouvelée susmentionnés, nous formulons les
    recommandations suivantes :
    5.1. Nous appelons à une plus grande reconnaissance de l’origine commune de toutes choses en Dieu,
    qui est le Père de la création et manifeste sa présence dans toutes les choses créées.
    5.2. Nous appelons à une plus grande conscience de l’interdépendance de tous les êtres créés, ce qui
    signifie également que nous sommes tous dépendants les uns des autres et en relation symbiotique
    avec le reste de la création.
    5.3. Nous encourageons à un plus grand respect et une plus grande appréciation de la sagesse contenue
    dans l’approche africaine traditionnelle de la nature, qui s’exprime également dans les symboles et
    dans de nombreuses formes du système religieux traditionnel.
    5.4. Nous exhortons tous et toutes à voir la création comme un don de Dieu à accepter avec
    responsabilité, et à éviter l’égoïsme et l’abus des autres créatures, qu’il s’agisse d’espèces humaines
    ou non humaines.
    5.5. Nous encourageons à plus d’espoir face aux réalités déprimantes causées par les catastrophes
    écologiques, sachant que l’avenir de la création est glorieux.
    5.6. Nous appelons l’Église en Afrique à accorder plus d’attention aux questions de protection de
    l’environnement et à être plus respectueuses de l’environnement dans ses approches pastorales.
    5.7. Nous appelons nos gouvernements et dirigeants africains à tous les niveaux à élaborer des
    politiques qui protègent l’environnement et sa biodiversité, le tout pour l’amélioration de la vie sur
    le continent.
    5.8. Nous appelons toutes les entreprises et multinationales qui travaillent en Afrique à être plus
    respectueuses de l’environnement et écosensibles dans leurs modes de fonctionnement, et à
    travailler à l’amélioration générale de l’harmonie créative sur le continent et à la conservation de
    sa riche biodiversité.
  6. CONCLUSION
    Nous remercions Dieu pour le don de la création et pour le don de notre continent africain qui est
    réputé pour avoir la plus grande biodiversité au monde. Nous reconnaissons qu’à Dieu seul appartient
    la terre, la maison commune que nous partageons avec le reste de la création. Comme le dit clairement
    le psalmiste : « Au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! C’est lui qui l’a
    fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots » (Ps 24,1-2). La prise de conscience que nous
    appartenons tous à Dieu avec toute la création devrait vraiment nous faire comprendre que nous
    sommes tous frères et sœurs ayant le même Père, Dieu. Cette compréhension est censée nous rendre
    plus responsables dans la manière dont nous traitons ce grand cadeau de la création que le Créateur
    nous a donné. Cela demande un plus grand engagement envers le soin de la « maison commune » et
    un plus grand zèle pour garder et préserver toutes les diverses créatures qui partagent la terre avec
    nous. C’était le mandat divin à la création qui s’adresse aussi aux Africains d’une manière spéciale.
    Nous nous confions, ainsi que notre bien-aimé Continent, à l’intercession maternelle de Marie Notre
    Sainte Mère, Reine d’Afrique, la Mère de Jésus qui remplit toutes choses et à l’Esprit Saint qui vient
    renouveler la face de la terre.

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