Fraude alimentaire dans la pêche et l’aquaculture : que retenir du rapport de la FAO

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La fraude alimentaire est définie comme une pratique délibérée visant à tromper sur les caractéristiques attendues d’un produit, afin d’obtenir un avantage économique injuste. Les produits halieutiques figurent parmi les plus vulnérables, avec des risques accrus pour la santé publique.

Avec une production mondiale qui a atteint 185,4 millions de tonnes en 2022 et un commerce évalué à 195 milliards USD, les produits halieutiques représentent un pilier des flux alimentaires mondiaux. Dans un rapport publié fin février, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a cependant mis en lumière l’ampleur de la fraude alimentaire dans la filière, un phénomène qui menace à la fois la santé publique, la confiance des consommateurs et la stabilité des marchés.

Voici les principaux enseignements à en tirer.

Un secteur particulièrement vulnérable

Les domaines de la pêche et de l’aquaculture se distinguent par une exposition élevée à la fraude. Selon les données compilées dans le document, la probabilité de fraude y est estimée à 20,6 %, un niveau nettement supérieur à celui observé pour la viande (13,4 %) ou les fruits et légumes (10,4 %).

D’après la FAO, cette vulnérabilité s’explique notamment par la diversité des espèces commercialisées, la complexité des chaînes d’approvisionnement et la multiplicité des acteurs impliqués dans les contrôles. Cette situation est aggravée par le fait que près de la moitié de la production mondiale provient encore de la pêche de capture, souvent plus difficile à tracer que l’aquaculture.

Une fraude multiforme tout au long de la chaîne de valeur

La fraude alimentaire prend des formes variées et peut survenir à chaque étape, de la production à la distribution. Le rapport identifie 8 principales formes de fraude dans le secteur des produits halieutiques, révélant un phénomène structurel aux implications économiques, sanitaires et commerciales majeures.

En premier lieu, l’adultération, qui consiste à modifier les caractéristiques des produits par l’ajout d’eau, de glace, de colorants ou de substances chimiques visant à augmenter artificiellement leur poids ou à améliorer leur apparence, ce qui fausse la valeur marchande et peut compromettre la sécurité sanitaire.

La contrefaçon et la simulation interviennent sur des segments à forte valeur ajoutée, avec la reproduction de produits comme le crabe ou le caviar à partir d’ingrédients de substitution tels que le surimi ou des gels végétaux, brouillant les repères du marché et créant une concurrence déloyale.

La substitution d’espèces, particulièrement répandue, consiste à remplacer des espèces à forte valeur commerciale par des espèces moins coûteuses, avec des risques sanitaires accrus lorsque les propriétés biologiques diffèrent, notamment dans les produits consommés crus.

Le mauvais étiquetage et les fausses déclarations concernent l’origine, les certifications ou les méthodes de production, fragilisant la traçabilité et réduisant la transparence dans les échanges. Les pratiques de détournement de produits et de surproduction hors quotas alimentent quant à elles des circuits informels échappant aux contrôles, créant des distorsions de marché et des pertes de recettes fiscales.

Enfin, le vol de produits halieutiques introduit dans les chaînes commerciales des produits non inspectés, accentuant les risques sanitaires et les inefficiences économiques. Dans leur ensemble, ces fraudes traduisent une défaillance de gouvernance de la chaîne de valeur des produits halieutiques, avec des effets directs sur la confiance des consommateurs, la compétitivité des opérateurs conformes et la régulation des marchés.

Des risques sanitaires non négligeables

Au-delà de la fraude économique, ces pratiques présentent des risques réels pour la santé publique, et bien que cette incidence varie selon les régions, il s’agit d’un problème mondial. D’après la FAO, la substitution d’espèces et les captures illégales peuvent par exemple masquer des risques sanitaires, provoquant une exposition à des contaminants, à des médicaments vétérinaires, des intoxications alimentaires, voire des décès.

D’autres formes de fraude, comme l’utilisation de produits chimiques pour masquer la détérioration ou prolonger artificiellement la durée de conservation, peuvent également entraîner des intoxications alimentaires. Par ailleurs, le mauvais étiquetage peut dissimuler la présence d’allergènes, augmentant les risques pour les personnes sensibles.

Le rapport met en avant la nécessité d’améliorer la traçabilité des produits, de renforcer les normes d’étiquetage, et d’accroître la coordination entre les autorités compétentes.

Face à ces défis, le renforcement des dispositifs de contrôle apparaît comme une priorité. Le rapport met en avant la nécessité d’améliorer la traçabilité des produits, de renforcer les normes d’étiquetage, et d’accroître la coordination entre les autorités compétentes.

Si la vérification de la traçabilité, combinée à une bonne connaissance de la taxonomie des poissons, constitue une méthode abordable pour garantir l’origine et l’identification des espèces, la FAO met également en avant le rôle crucial des législations nationales et des normes internationales commes le Codex Alimentarius, dans la lutte contre la fraude alimentaire. L’organisation onusienne promeut également le recours à des technologies comme l’identification génétique (barcoding, PCR, microarrays).

« La combinaison de la vérification de la traçabilité, de la connaissance taxonomique, des instruments réglementaires, des normes et des outils analytiques décrits dans ce rapport peut réduire significativement la fraude dans le secteur des pêches et de l’aquaculture. Fondés sur des politiques scientifiques, l’innovation technologique et une gouvernance collaborative, ces outils et mécanismes peuvent contribuer à garantir l’authenticité et l’intégrité du secteur. »

Dans un contexte de mondialisation des échanges, l’enjeu est double : protéger les consommateurs tout en garantissant l’intégrité des marchés.