Rencontre avec Dhiren Moher, président de PILS : « Séropositif ou pas, je suis toujours disponible pour aider ceux qui cherchent des conseils ou traitements sur le VIH/SIDA »

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  • « Je veux sauver des vies, défendre et représenter les personnes marginalisées à Maurice »

Dialoguer, aider, conseiller, communiquer et militer contre la progression du VIH/SIDA à Maurice. C’est en quoi consiste l’objectif de Dhiren Moher. Agé de 53 ans, ce natif du Ward IV, qui habite actuellement dans le Nord, fait partie des rares personnes à parler ouvertement de la séropositivité, car le VIH/SIDA est encoure considéré tabou à Maurice et ailleurs et les séquelles sont très lourdes à porter. Rencontre avec Dhiren Moher qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a pas honte de parler du VIH/SIDA, dont certains malades sont  rejetés, ignorés ou mal vus au sein de la société mauricienne et dans d’autres pays du monde.

Sanjay Bijloll

Décoré de la République, Dhiren Moher a été élevé au rang d’ « Officer of the Star and Key of the Indian Ocean ».  « En m’octroyant ce titre, l’Etat a un engagement envers le combat contre le VIH/SIDA.  Cette distinction m’aide non seulement à avancer dans le combat contre le SIDA et à ouvrir le dialogue avec des institutions publiques mais me donne aussi un boost pour continuer mon combat afin que Maurice devienne un pays de zéro contamination. Mon but est de sauver des vies. Séropositif ou pas, je suis toujours disponible pour aider ceux qui cherchent des conseils ou traitements sur le VIH/SIDA. Je suis fier de défendre et représenter les personnes marginalisées dans notre pays », a-t-il affirmé.

Agir comme facilitateur

Président de la Prévention Information Lutte contre le Sida (PILS) depuis deux ans, il dira qu’il agit comme facilitateur auprès des personnes concernées et mène une vie normale comme les autres Mauriciens. Dhiren Moher a, par ailleurs, soutenu qu’il a repris le flambeau pour rétablir et renforcer la communication avec d’autres partenaires, qui veulent œuvrer pour le bien-être de ceux qui souffrent de cette maladie.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est très actif sur le terrain et échange ses idées, opinions et donne des conseils à ses amis mais aussi aux séropositifs. D’ailleurs, chaque mercredi, soit de 10h00 à 12h00, il anime une émission concernant le VIH / SIDA sur Wazaa FM. L’émission s’appelle « Ena chemin ». Selon Dhiren Moher, le VIH n’est pas une barrière dans la vie de ceux qui sont séropositifs. « On peut travailler, fonder une famille, en prenant des médicaments sur une base régulière et s’adonner à des activités sportives comme les autres », déclare-t-il.

Bonne communication avec l’Etat

Selon lui, il faut avoir une approche directe et agressive en ce qu’il s’agit de la compagne contre les méfaits de la drogue. Il a ainsi situé l’importance d’une campagne visuelle concernant les ‘hard drugs’. Toutefois, il a déploré le fait que certains politiciens ne veulent pas participer à la campagne nationale contre la drogue et le VIH/SIDA, qui concerne non seulement le gouvernement, mais aussi tous les Mauriciens.

Dans la foulée, Dhiren Moher soutient que les dirigeants de PILS ont une très bonne relation avec l’Etat, les autres partenaires et les médias dans la lutte contre le VIH/SIDA. « Au train où vont les choses, on ne peut banaliser le VIH, qui est bien là. Si nous ne le traitons pas et ne prenons pas les précautions nécessaires, nous risquons de perdre la vie », dit-il.

 

Marié à Karishma Beeharee, il raconte que c’est à l’âge de 20 ans, qu’il a été dépisté séropositif. « Quand j’ai obtenu mes résultats d’analyse sanguine et autres, je ne savais pas quoi faire car c’était très difficile de l’accepter. Le VIH faisait ravage et à cette époque. On parlait beaucoup du mode de transmission sexuel et du partage de seringues et aussi de la drogue. Les personnes séropositives étaient mal vues au sein de la société mauricienne car les Mauriciens avaient peur », souligne notre interlocuteur qui ajoute : « Heureusement, les membres de ma famille m’ont pleinement soutenu pendant les moments difficiles. On n’était jamais discriminatoire envers moi ».

Soutien de sa famille

D’autre part, il laisse entendre qu’au début, il se rendait à Cassis pour se faire soigner. Peu après, il a jugé utile de joindre PILS, dont le siège se trouvait à la Rue Deschartes, à Port-Louis. « A partir de là, j’ai commencé à me documenter sur le VIH /SIDA en lisant plusieurs magazines notamment ceux de la France. Petit à petit, j’ai décidé de mener combat contre les tabous et la discrimination envers les personnes atteintes du VIH/SIDA avec l’aide de ma famille et les membres de PILS. C’est ainsi que je suis devenu militant aux niveaux national, régional et international », ajoute-t-il.

Dhiren Moher explique aussi qu’il a plaidé auprès des autorités concernées afin que les personnes séropositives obtiennent des médicaments pour survivre. « On a voulu réclamer nos droits auprès du gouvernement et des autorités concernées », dit-il.

Le président du PILS a également fait ressortir qu’il a siégé au sein du National Aids Council et a fait partie de ceux qui ont élaboré un plan stratégique pour le pays sous le gouvernement MSM-MMM. « Le Premier ministre d’alors a écouté la voix des séropositifs. Avec Nicolas Ritter, moi-même et autres dirigeants de PILS, on a voulu donner un signal très fort et on avait des propositions concrètes à proposer à la Commission de l’océan Indien. D’autre part,, à travers notre projet AIRIS, nous étions responsables de l’île Maurice, de Madagascar, des Seychelles et des Comores grâce à l’appui technique de La Réunion », explique-t-il.

Structures solides et remerciements

Dhiren Moher , dans la foulée, déclare que le projet de la lutte contre le SIDA dans l’océan Indien a été financé par la Banque Africaine de Développement (BAD). «J’ai travaillé pendant cinq ans au siège qui se trouvait à Quatre-Bornes. On a aidé les patients de toutes les îles en assurant une assise solide à notre organisme,  très bénéfique à nos amis des îles voisines », souligne-t-il.

Il  soutient également que quand il s’est retourné à PILS avec un esprit militant, le gouvernement a amendé la HIV-AIDS Act afin de protéger ceux qui subissaient de la discrimination. Par la suite, dit-il, le gouvernement a mis en place le « Needle Exchange Programme » et la distribution de la méthadone, entre autres. Dhiren Moher remercie le gouvernement, les organismes internationaux et autorités concernées, qui continuent à aider PILS dans son combat en faveur des personnes atteintes du VIH/SIDA.

 

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