Le leader du ML dit avoir longtemps espérer pour être confronté dans cette affaire
L’enquête en phase d’être bouclée
Le retour de l’ancien no2 au cabinet ministériel évoqué comme une évidence.
Depuis ce lundi 30 octobre, une éventuelle réintégration d’Ivan Collendavelloo au sein du Conseil des ministres, agite la stratosphère politique et médiatique. Révoquer comme Deputy-Prime Minister (DPM) et ministre des Utilités Publiques et de l’énergie, dans le cadre de l’affaire St-Louis, en 2020, son retour dans l’élite du gouvernement avec un nouveau portefeuille ministérielle est jugé imminent et ne serait qu’une question de temps. Cela est dû au fait que l’enquête sur les allégations de pots de vin, qui pesait contre le leader du Muvman Liberater, est en phase d’être bouclée. La tendance indique même que l’ancien No2 de l’équipe de Pravind Jugnauth, sera probablement blanchi. Un sentiment qui se dégage après son passage à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), pour répondre pour la première fois aux questions des enquêteurs.
Ayant toujours exprimé son désir de répondre rapidement aux interrogations de l’ICAC afin de prouver son innocence dans cette affaire, ce jour est finalement arrivé pour Ivan Collendavelloo. Le leader du ML a eu son rendez-vous au bureau de l’ICAC à Réduit, ce lundi 30 octobre, soit trois ans plus tard. Ce dernier s’y est rendu vers 9 h 30 avec son homme de loi, Mᵉ Hervé Duval, Senior Counsel, pour les besoins de l’enquête. Et après avoir passé un peu plus de 3 heures face aux enquêteurs, il n’a pas été inquiété. Le leader du parti Karé Karé a été autorisé à rentrer chez lui n’étant sous le coup d’aucune arrestation.
« J’ai partagé toutes les informations que je pouvais fournir »
A sa sortie, Ivan Collendavelloo, affichait le sourire mais n’a rien voulu dire sur son entretien expliquant qu’il ne pouvait le faire sous la Prevention of Corruption Acte (POCA). Il devait toutefois affirmer qu’il a répondu aux questions et dit avoir rapporté les faits entourant l’achat de turbines, coutant Rs 4,3 milliards, par le CEB en 2020 pour la station St Louis avec la firme danoise Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC). « J’ai fourni les explications que les enquêteurs souhaitaient connaître. Péna nanyé pou satisfé ou pa satisfé. Il s’agit d’un interrogatoire ! J’ai partagé toutes les informations que je pouvais fournir».
Le leader du ML a fait ressortir que son avocat avait écrit à la Commission anticorruption en 2020 pour leur dire qu’il était disposé à être entendu dans cette affaire. « Dépi lané 2020 Hervé Duval ti ékrir l’ICAC ek ti dir zot li swit a bann dévelopman ki éna mo a dispozision bann anketer a ninport ki moman ki zot bizin mwa. Bann anketer finn fer travay ki zot bizin. Mo pa kone ki travay zot inn fer e sa inn pran letan ki sa inn pran. E zordi sete moman aproprie e bann anketer finn kontakte Me Duval pou dir ki zot bizin mwa. Monn vini ek monn donn mo lanket » devait déclarer Ivan Collendavelloo.
Hors-texte
Éclatement de l’affaire St Louis
Pour rappel, toute l’affaire a éclaté le 8 juin 2020, lorsque la Banque Africaine de Développement (BAD), accuse dans un rapport, la compagnie BWSC d’avoir graissé la patte des membres de l’administration mauricienne du CEB pour avoir accès à des documents concernant l’appel d’offres pour un projet de réaménagement à la Centrale St Louis. Ce projet qui remonte depuis 2014, concerne l’installation de quatre turbines et d’aménagement de cette centrale thermique, au cout de Rs 4,3 millions. Et elle avait reçu un financement de Rs 3 milliards de cette institution bancaire.
Dans son rapport publié le 8 juin 2020, la BAD avait conclu que d’après les preuves dont elle dispose, il est plus que probable que des membres de l’administration mauricienne et d’autres personnes aient été récompensés financièrement par l’intermédiaire de tierces. Ce qui a permis à BWSC d’avoir des renseignements techniques confidentiels liés aux appels d’offres auxquels elle a participé dans le cadre du projet. Un privilège qui, selon la BAD, lui a permis d’adapter son offre, la favorisant par rapport aux autres soumissionnaires.
Selon le communiqué, l’équipe ayant mené l’enquête dans cette affaire dispose de preuves. Et la fraude alléguée tournerait autour de Rs 700 millions. La BAD avait même sanctionné la firme danoise en lui infligeant une exclusion de 21 mois de toute participation aux projets qu’elle finance.
Révocation d’Ivan Collendavelloo
Depuis, les révélations se sont enchainées. Des personnes ont été arrêtés. Le board du CEB avait été révoqué et remplacé par un autre. Le 16 juin, Ivan Collendavelloo entame sa première réaction sur cette affaire. Le lieu choisi est le parlement mais masques noirs et pancartes en main, l’opposition fait un walk-out avant le discours d’Ivan Collendavelloo. Le vice-Premier ministre débute ses propos avec cette déclaration : « Je viens devant vous moi avec les mains propres ». Et il avait, pendant plus d’une heure, défendu sa position ».
Après avoir été la cible de l’opposition pendant une semaine, Ivan Collendavelloo a produit des documents pour démontrer que, selon lui, l’acte de corruption évoqué dans cette affaire remonte à 2014, avant même qu’il ne devienne ministre de l’Énergie et des services publics. Mais le 25, il est quand même révoqué de ces fonctions de ministre et No 2 du gouvernement. Il anime une conférence de presse et parle d’« allégations farfelues » à son encontre.
Le Premier ministre Pravind Jugnauth anime lui aussi une conférence de presse. Il révèle qu’il est en présence d’un résumé du rapport de l’Office of Integrity and Anti-Corruption de la Banque Africaine de Développement, qui avait enquêté sur les allégations de corruption entourant le projet à la centrale thermique de St-Louis. Il affirme que les « findings sont très sérieuses ». Il révèle que plusieurs noms sont cités dans ce document, dont ceux d’Ivan Collendavelloo et de Paul Bérenger. Pravind Jugnauth dit avoir remis le résumé du rapport de la BAD à l’ICAC. Il dit avoir demandé à Ivan Collendavelloo de démissionner de son poste de Deputy Prime Minister, le temps de l’enquête. Le leader du Muvman Liberater, dit-il, ayant refusé de démissionner, il n’a eu d’autre choix que de le révoquer.
Entretemps, c’est Steven Obeegadoo qui a été désigné pour le succéder au poste de Deputy Prime Minister. Il conserve aussi son portefeuille de Logement et des Terres et hérite du ministère du Tourisme. Joe Lesjongard, jusque-là ministre du Tourisme, est lui muté aux Utilités Publiques.
Rien d’incriminant
Visiblement après plus de trois ans d’enquête, plus exactement 39 mois depuis la révocation du leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo, l’ICAC n’a obtenu rien de concret contre l’ancien No 2 du gouvernement et ex-ministre de l’Énergie et des Utilités publiques.
Des recoupements d’informations de sources concordantes indiquent que lors de cet entretien d’un peu plus de trois heures, Ivan Collendavelloo n’a été mis en présence d’aucune allégation de Bribe Monies faite contre lui. Le leader du ML a simplement été demandé de refaire l’historique de ces deux exercices d’appel d’offres qui avaient eu lieu entre 2014 et 2015. Il a dû expliquer les contextes dans lesquels les PNQ du leader du MMM lui étaient adressées à l’époque sur le sujet et le potentiel de Black-Out auquel le pays pourrait éventuellement être confronté.
Or, du côté de Réduit Triangle, on laisse entendre que cette enquête qui dure depuis trois ans, qui a abouti à plusieurs arrestations y à la mise sous scellés de plusieurs preuves matérielles, est sur le point d’être bouclée.
Attachment Orders et arrestation
Dans le sillage de cette enquête, la commission anticorruption s’est tournée vers la cour suprême en juin dernier ou elle avait obtenu des « attachment orders » en vertu de la PoCA, contre plusieurs individus interrogés dans l’affaire. Parmi : l’ancien président du comité technique du Central Procurement Board (CPB), Amritsingh Raja Rai, et Kreetykant Dosieah, ex-Chief -executive Officer du CPB. Avec la progression de l’enquête, des limiers de l’ICAC ont également eu des échanges d’informations avec les enquêteurs du Serious Economic and International Crime (SEIC) du Danemark.
Cette enquête de la commission anit-corruption sur les malversations alléguées a aussi vu l’arrestation de l’ex-Managing Director de PAD & CO,. Alain Hao Thyn Chuan Ha Shun ; de l’ex-consultant local de BWSC, Bertrand Lagesse ; de l’ex-Finance Manager de PAD & CO, Patrice Lam Leung Hing ; de l’ex-comptable de la société Khemraj Moojee ; de l’ingénieur du CEB Manoj Kumar Jahajeeah ; de l’ancien ministre de l’Énergie Swaley Kasenaily, également consultant de BWSC ; de l’ingénieur Amritsingh Raja Rai entre autres.
Réintégration
Pour l’heure, l’enquête suit son cours et nul ne sait si Ivan Collendavelloo devra retourner au Réduit Triangle. Toutefois, avant de faire son comeback au sein du Conseil des ministres, on estime qu’il faudra attendre la publication d’un communiqué de la commission anticorruption, qui devrait très probablement blanchir l’éminent Senior Counsel.
Réactions
Les membres du gouvernement s’attendent à un dénouement positif dans les jours ou semaines à venir. Que ce soit au sein du ML ou du Mouvement socialiste militant (MSM), on est d’avis qu’Ivan Collendavelloo pourrait être appelé à prêter serment comme ministre ce mois-ci. Au sein du ML, l’attente est qu’Ivan Collendavelloo retrouve son poste de numéro deux. Cependant, bien que plusieurs membres aient fortement plaidé pour son maintien au ministère des Services publics et de l’énergie, le parti semble désormais ouvert à d’autres propositions. La possibilité qu’Ivan Collendavelloo se voit confier les responsabilités de ministre mentor, à l’image de sir Anerood Jugnauth (SAJ) par le passé, est fortement évoquée. D’ailleurs, c’est le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui aura le dernier mot.
Du côté du MSM, l’attitude envers le ML est actuellement très positive, et l’idée de voir son leader réintégrer prochainement le Conseil des ministres est bien accueillie. Selon une source au sein du parti orange, « malgré quelques turbulences survenues récemment, on est tous d’accord au sein du MSM que le ML a été un allié fidèle au sein du gouvernement. Malgré les crises qui ont secoué le MSM ainsi que le pays au cours des dernières années, le ML n’a jamais menacé la stabilité du gouvernement. Il y a donc eu une solidarité inébranlable de la part de ce parti ».
De plus, plusieurs membres du MSM soulignent que le leader du ML a régulièrement été sollicité par le gouvernement pour partager son point de vue ainsi que son expérience sur des questions d’intérêt national. Par conséquent, on estime que la contribution d’Ivan Collendavelloo pourrait être d’une grande valeur pour le gouvernement en cette période de fin de mandat.
Chronologie de l’affaire St-Louis
2014
Le Central Electricity Board (CEB) lance un appel d’offres en vue d’acquérir quatre moteurs d’une capacité de 15 mégawatts chacun pour la centrale électrique de St-Louis. Cependant, quelques mois plus tard, le CEB annule cet exercice, arguant que les offres reçues ne répondent pas aux critères préalablement établis.
Juillet 2015
La firme danoise Burmeister & Wain Scandinavian (BWSC) conteste cette décision auprès de l’Independent Review Panel (IRP) dans le but de faire valoir son point de vue. Finalement, les membres du panel statuent en faveur du CEB, confirmant ainsi l’annulation de l’appel d’offres.
Octobre 2015
Le CEB lance un nouvel exercice d’appel d’offres. Cinq firmes y participent. Il s’agit de DRA Projects (Pty), IMM / MATELEC/MPG Mauritius Consortium, TSK Electronica y Electricidad S. A, AVIC-Intl/ CCCE/ETERN Consortium et BWSC. Le CEB décide finalement d’allouer le contrat à la firme danoise BWSC.
Novembre 2015
Plusieurs entreprises ayant participé à l’exercice d’appel d’offres contestent l’attribution du contrat à la firme BWSC.
Janvier 2016
Le ministère de l’Énergie et des services publics, dirigé par le Ivan Collendavelloo, entame une procédure d’urgence pour attribuer le contrat à la firme BWSC. Et ce, alors que les membres de l’Independent Review Panel (IRP) n’ont pas encore rendu leur décision dans cette affaire.
Février 2016
La Banque africaine de développement (BAD) parvient à un accord avec la direction du CEB pour financer le projet d’acquisition de moteurs à hauteur de Rs 700 millions. Cependant, il est important de noter que certaines compagnies ayant participé à l’exercice d’appel d’offres sollicitent la BAD pour exprimer des préoccupations quant à l’intégrité du projet.
Octobre 2017
Les quatre moteurs achetés auprès de BWSC sont finalement mis en service.
Juin 2020
La BAD publie un communiqué sur son site internet, dans lequel il est mentionné que BWSC aurait adopté des « pratiques sanctionnables » dans le but d’obtenir le contrat pour la centrale de St-Louis. Ce communiqué mène à la révocation du conseil d’administration du CEB ainsi que d’Ivan Collendavelloo comme ministre.
2021
L’affaire St-Louis débouche sur plusieurs arrestations, dont l’ex General Manager, Shamshir Mukoon, des membres de la direction de PAD & CO, ainsi que de l’ex-ministre Swaley Kasenally en sa capacité de consultant.
Aucune communication entre Paul Bérenger et l’Icac
Un autre nom cité dans cette affaire de corruption, aux côtés d’Ivan Collendavelloo, est celui du leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger. Sera-t-il également interrogé ? Selon nos informations, il n’y a actuellement aucune indication que les enquêteurs de la commission anticorruption le convoqueront prochainement. Dans l’entourage de Paul Bérenger, on précise qu’il n’y a eu jusqu’à présent aucune communication avec l’ICAC.
Du côté du MMM, on tient à faire ressortir que la convocation d’Ivan Collendavelloo à l’ICAC est perçue comme une mascarade visant à innocenter le leader du ML. Selon les membres du parti mauve, cela démontre à quel point la commission anticorruption est perçue comme un instrument politique.
Joël Marianne