Chagos : 5 questions pour comprendre pourquoi ce petit archipel agite Londres, Washington et Maurice

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Situé dans l’océan Indien, l’archipel des Chagos est au centre d’un contentieux qui mêle héritage colonial, droit international, stratégie militaire et rivalités entre grandes puissances. Alors que le Royaume-Uni s’était engagé à reconnaître la souveraineté de Maurice sur ce territoire en 2025, le dossier a évolué ces derniers mois sous l’effet des réserves exprimées par l’administration américaine.

L’île Maurice a déclaré le 8 juin n’avoir reçu aucune proposition de l’administration américaine concernant les îles Chagos, après des informations du Telegraph selon lesquelles la Maison Blanche étudierait différentes options pour sécuriser l’avenir de l’archipel. C’est le dernier épisode en date d’un dossier aussi ancien que complexe, qui anime l’actualité mondiale depuis plusieurs décennies. Voici cinq questions pour le comprendre.

Pourquoi les Chagos suscitent-ils autant de convoitises ?

L’archipel des Chagos est un ensemble de 55 îles et atolls situé dans l’océan Indien, à environ 500 kilomètres au sud des Maldives et à plus de 2 000 kilomètres des côtes africaines. Longtemps méconnu du grand public, ce territoire occupe pourtant une position stratégique au croisement des routes maritimes reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.

Pour comprendre les tensions autour de l’archipel, il faut remonter aux années 1960. En 1965, trois ans avant l’indépendance de Maurice, le Royaume-Uni détache les Chagos du territoire mauricien pour créer le British Indian Ocean Territory (BIOT). L’année suivante, Londres conclut un accord avec Washington afin de permettre l’installation d’une base militaire américaine sur Diego Garcia, l’île principale.

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Entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, jusqu’à 2 000 habitants sont expulsés de l’archipel pour permettre l’aménagement de cette infrastructure. Depuis lors, Diego Garcia est devenue l’une des bases les plus importantes du dispositif militaire américain à l’étranger.

La base a notamment servi lors des opérations américaines en Afghanistan et en Irak. Sa localisation permet également de surveiller une vaste zone couvrant l’océan Indien, le Moyen-Orient et une partie de l’Afrique orientale.

Cette importance stratégique explique pourquoi plusieurs acteurs ont des intérêts parfois divergents dans le dossier. Maurice revendique sa souveraineté sur l’archipel au nom de l’achèvement de sa décolonisation. Le Royaume-Uni cherche à préserver la coopération militaire avec les États-Unis. Washington souhaite garantir l’accès à Diego Garcia, tandis que les Chagossiens réclament pour beaucoup la reconnaissance de leurs droits et la possibilité de retourner sur leurs terres d’origine.

Pourquoi en parle-t-on encore aujourd’hui ?

Le différend semblait proche d’un dénouement. Après plusieurs années de négociations, le Royaume-Uni et Maurice ont signé en mai 2025 un accord prévoyant la reconnaissance de la souveraineté mauricienne sur les Chagos. En contrepartie, Londres obtenait un bail de 99 ans sur Diego Garcia moyennant le versement annuel d’environ 101 millions de livres sterling (environ 134 millions $) à Maurice. Le dispositif garantissait le maintien de la base militaire.

À l’époque, l’accord avait été salué par plusieurs responsables occidentaux. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio estimait notamment qu’il permettait d’assurer une « exploitation à long terme, stable, et efficace » de l’infrastructure.

Quelques mois plus tard, le contexte a toutefois changé. En janvier 2026, Donald Trump a dénoncé ce qu’il a qualifié d’acte de « grande stupidité » et de « totale faiblesse », estimant que le Royaume-Uni abandonnait un territoire stratégique. En avril dernier, Londres a annoncé suspendre la mise en œuvre de l’accord, expliquant vouloir poursuivre les discussions avec Washington.

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Le dernier rebondissement en date vient du Telegraph, qui a indiqué le 7 juin que l’administration américaine étudiait plusieurs scénarios alternatifs, dont un éventuel accord direct avec Maurice concernant l’avenir du territoire. Port-Louis a rapidement réagi en indiquant n’avoir reçu aucune proposition américaine. « La position de Maurice reste inchangée. Sa souveraineté sur l’archipel des Chagos n’est pas négociable », a déclaré le gouvernement dans un communiqué.

Qui a raison dans cette affaire ?

Cette question fait l’objet de débats depuis plusieurs décennies. Maurice estime que le détachement des Chagos en 1965 a été effectué en violation du droit international et que son processus de décolonisation est resté inachevé. Cette position a progressivement gagné du terrain sur la scène internationale.

En 2019, la Cour internationale de justice a considéré que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l’archipel. Quelques mois plus tard, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution demandant à Londres de restituer les Chagos à Maurice. L’Union africaine a également soutenu à plusieurs reprises la position mauricienne.

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Pendant longtemps, le Royaume-Uni a rejeté ces arguments en invoquant notamment les impératifs de sécurité liés à Diego Garcia. La signature de l’accord de 2025 a toutefois marqué un tournant important puisque Londres y reconnaissait explicitement la souveraineté mauricienne sur l’ensemble de l’archipel.

Le débat reste néanmoins ouvert sur certains aspects du contentieux, en raison des préoccupations stratégiques exprimées par une partie de la classe politique américaine et des divergences au sein de la communauté chagossienne.

Que pensent les Chagossiens ?

Souvent absents des discussions diplomatiques, les Chagossiens occupent pourtant une place centrale dans cette histoire. Descendants des populations expulsées entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, ils vivent aujourd’hui principalement à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni. Beaucoup continuent de réclamer le droit de retourner dans l’archipel dont leurs familles ont été déplacées.

La communauté chagossienne ne parle toutefois pas d’une seule voix. Si les revendications liées au retour et à la reconnaissance des préjudices subis sont largement partagées, les opinions divergent sur l’accord conclu entre Maurice et le Royaume-Uni en 2025 et sur les modalités de son application.

Ces divergences se sont manifestées à plusieurs reprises ces derniers mois. En mai 2025, deux Chagossiennes ont saisi la justice britannique pour tenter de bloquer la signature de l’accord, estimant notamment ne pas avoir été suffisamment consultées. Quelques semaines plus tard, des membres de la communauté se sont également mobilisés devant la Haute Cour de Londres. Plus récemment, des Chagossiens opposés à la rétrocession ont débarqué sur l’archipel dans le cadre d’une initiative qualifiée d’illégale par les autorités mauriciennes.

Que va-t-il se passer maintenant ?

L’avenir du dossier dépendra de plusieurs facteurs. L’accord signé en 2025 a montré qu’un compromis était possible entre Maurice et le Royaume-Uni après plusieurs décennies de contentieux.

Pourtant, les développements récents montrent que l’affaire est loin d’être définitivement réglée, et le principal point à surveiller demeure la position américaine. L’une des principales questions sera de savoir si les considérations stratégiques finiront par l’emporter sur la logique de décolonisation qui a guidé les décisions de la Cour internationale de justice et de l’ONU.

Pour l’instant, rien n’indique que Maurice soit prête à revenir sur les principes qui ont guidé sa position depuis des décennies. En février dernier, le pays a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec les Maldives après ce qu’il a appelé « une prise de position […] qui ne reconnaît plus la souveraineté de la République de Maurice sur l’archipel des Chagos, ni son intégrité territoriale, et s’oppose désormais à l’accord entre Maurice et le Royaume-Uni ».

Une chose est certaine : l’issue de ce dossier pourrait constituer un précédent sur la manière dont les revendications de souveraineté, les décisions des juridictions internationales et les impératifs stratégiques des grandes puissances coexistent ou entrent en collision.

Source: Internet