Chers frères et sœurs de Maurice, de Rodrigues et d’Agaléga,
Nous célébrons la fête de Noël cette année dans des circonstances très difficiles. En
ce soir de Noël, je prie pour vous tous et demande au Seigneur de nous donner
cette joie et cette espérance que seul Lui peut nous donner au milieu de nos
épreuves. C’est pourquoi j’ose, malgré tout, vous souhaiter un joyeux Noël.
Comment vivre un joyeux Noël au moment où la Covid-19 continue à faire des
ravages, quand nos familles pleurent la perte de leurs enfants, de leurs parents et
grand-parents, quand des frontliners tombent sur le front ? Cela nous plonge dans
un profond chagrin, d’autant plus que ce sont quelquefois nos proches ou nos
connaissances. Dans ce climat de peur et d’appréhension, c’est tout notre quotidien
qui est bouleversé : l’école se fait à la maison et les enfants s’adaptent difficilement
aux cours par internet ; nos jeunes se sentent isolés et, à l’âge où se nouent les
amitiés, il est difficile pour eux de se contenter de relations à travers des écrans ; les
parents s’essoufflent entre le télétravail et les tâches quotidiennes ; les réunions de
famille sont réduites au minimum et les grands-parents souffrent de ne plus serrer
leurs petits enfants dans leurs bras. Il est difficile de trouver des temps et des lieux
de détente. Nous sommes tous épuisés.
De plus, le coût de la vie monte en flèche pendant que la roupie dégringole. Notre
économie, déjà fragilisée, doit composer avec un avenir incertain.
Au milieu de toute cette détresse, Noël peut quand même nous apporter joie et
espérance ! Rappelons-nous que célébrer Noël c’est célébrer le Dieu qui est avec
nous, en toutes circonstances, un Dieu qui se fait proche de nous, qui vient à notre
rencontre sur notre chemin, là où nous sommes rendus avec nos épreuves, nos
peurs, nos angoisses. Il vient avec tendresse et compassion et une grande
bienveillance ; il vient aussi avec simplicité, il se fait l’un de nous, nous offre son
amitié pour essuyer nos larmes et nous donner confiance.
C’est en des temps d’épreuve qu’on voit que la foi, i.e., faire confiance en ce Dieu
qui vient vers nous, est un don précieux entre tous, un vrai trésor que nous recevons
gratuitement. Pour retrouver l’espérance, il faut faire confiance. Appuyons-nous sur
lui comme sur un rocher solide, accrochons-nous à lui pour tenir dans la tempête.
Comme dit le psalmiste, « Ma lumière et mon salut c’est le Seigneur, de qui aurais-je
crainte ; le Seigneur est le rempart de ma vie, devant qui tremblerai-je ».
Les récits de la naissance de Jésus nous montrent que les premières personnes qui
l’ont accueilli se sont elles-mêmes mises en route. Elles n’ont pas attendu
passivement, elles se sont déplacées pour aller au-devant de lui. Regardez Marie et
Joseph qui ont quitté le confort de leur village et ont marché plusieurs jours pour
aller à Bethléem, là où il devait naître, très simplement dans une petite écurie. Les
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bergers se sont déplacés à l’annonce des anges et ils sont venus dans la nuit pour
voir ce Sauveur qui leur était annoncé. Les rois mages aussi ont quitté leur pays, et
guidés par l’étoile, ils ont fait un long voyage pour aller se prosterner devant lui ;
enfin Joseph et Marie se sont déplacés une deuxième fois pour fuir en Egypte quand
le roi Hérode, jaloux de l’enfant, menaçait de le tuer.
Remarquez qu’à chaque fois ce ne sont pas des individus qui se déplacent, mais
deux, trois ou plus de personnes qui marchent ensemble. Marcher ensemble veut
dire aussi partager, discuter ensemble le long du chemin et s’encourager pour
continuer la route jusqu’à la rencontre avec ce Sauveur qui nous est annoncé.
Cette marche dans la nuit pour aller à la rencontre de Jésus qui vient est un symbole
de notre situation aujourd’hui : nous nous sentons perdus au milieu de tout ce
bouleversement causé par la Covid et nous cherchons tous une lumière, un espoir.
Nous entendons dire que Jésus aujourd’hui peut nous apporter cette espérance,
mais nous ne savons pas toujours où le rencontrer, comment trouver l’espérance.
Si nous restons en place, nous ne la trouverons jamais. Comme Marie et Joseph,
comme les bergers, comme les rois mages, l’invitation nous est lancée à Noël de
nous mettre en marche ensemble. Ensemble nous pouvons nous parler, nous
écouter, discuter. En partageant nos expériences douloureuses ou éclairantes, en
nous soutenant mutuellement, nous nous mettons finalement à l’écoute de ce Dieu
qui nous accompagne dans notre situation éprouvante. Peu à peu, une lumière se
fait et Jésus nous remet debout dans l’espérance.
Prenez par exemple Marie et Joseph, ils ont dû être très déçus de ne pas être reçus
à l’hôtellerie et d’avoir à s’installer dans l’écurie. Mais en partageant et en priant
ensemble, ils ont découvert peu à peu un aspect surprenant du visage de Dieu, celui
d’un Dieu qui se fait proche des pauvres, des marginaux et qui n’a pas honte
d’habiter parmi eux, de souffrir avec eux. Lors de leur fuite en Egypte, sur le chemin,
ils ont dû beaucoup méditer et partager sur le sens de cette migration forcée, à
cause de la menace de violence envers leur enfant. Et là, au long de ce trajet si
éprouvant, ils ont porté leur croix avec Jésus et ils ont dû découvrir peu à peu
comment cette capacité de souffrir pour ceux que nous aimons – qu’on appelle la
patience – peut nous apaiser, nous rapprocher de Dieu et porter du fruit.
Quant aux petits bergers, ils ont d’abord été saisis de crainte quand l’ange leur
adressa la parole. Et puis gagnés par la confiance, ils se mettent en route « allons
jusqu’à Bethléem… ». En voyant Jésus, Marie et Joseph dans la crèche, ils ont dû
être témoins d’une joie très spéciale qui émanait de la Sainte Famille au milieu de ce
dénuement – et c’est ce qui les pousse à l’annoncer à la ronde. Ils ont été parmi les
premiers témoins de la joie et de l’espérance que Jésus nous donne à Noël.
Les rois mages, eux, venaient d’un milieu aisé et très éduqué. Mais ils devaient
sentir que toute cette abondance et toutes ces connaissances ne suffisent pas à
combler leur quête de bonheur. C’est ainsi qu’ils se mettent en route, guidés par
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l’étoile. Ils restent humbles et n’hésitent pas à se renseigner, à demander conseil ;
même s’ils étaient des érudits ils ne prétendent pas tout savoir. Et quand finalement
ils arrivent à la crèche, ils sont éblouis par ce rayonnement, cette paix tranquille qui
émane de ces pauvres qui sont là, humblement au service de cet enfant Jésus qui
vient de naître dans toute sa fragilité. Ils déposent alors toutes leurs richesses
devant la crèche comme pour signifier qu’ils ont trouvé un vrai trésor, dans ce Dieu
qui s’abaisse, qui se fait homme se tenir à nos côtés avec une fidélité sans faille.
A partir de nos épreuves aujourd’hui, comme à partir de l’inconfort de la crèche il y a
2000 ans, des chemins d’espérance sont ouverts. Le Seigneur nous appelle à le
suivre sur ces chemins. Marchons ensemble avec nos frères et sœurs mauriciens.
Soyons solidaires. Faisons cause commune pour endiguer la pandémie dans notre
belle île Maurice. Anou marye pike, faisons preuve de créativité pour trouver les
moyens de soulager les familles en détresse. Faisons confiance au Seigneur,
écoutons-le avec patience et chemin faisant, il nous communiquera peu à peu une
joie à laquelle nous ne nous attendons pas.
Bonne route ensemble et joyeux Noël envers et contre tout.
- Cardinal Maurice E. Piat
Evêque de Port-Louis