Toutes les occasions sont bonnes pour certains commerçants vénaux pour augmenter leurs profits. Leur dernière manne tombée du ciel est l’huile comestible. Au lieu de faire preuve de solidarité envers les autorités et les consommateurs, ils ont sauté sur l’occasion pour se mettre plus de sous dans les poches.
« Je suis tombée des nues ce samedi matin lorsque le boutiquier du coin m’a annoncé qu’il n’y avait pas une seule bouteille d’huile sur ses étagères. Pourtant, il n’était que 8 heures du matin et cette boutique n’a jamais manqué de provisions. Toutefois, c’est une de ses habitudes d’agir de la sorte lorsqu’il y a des rumeurs que le prix d’un certain produit va grimper, il préfère créer une pénurie artificielle et ensuite, vendre l’article en question plus cher ! », nous raconte Natacha, qui habite un faubourg de la capitale. Cette pratique malhonnête de la part des commerçants est légionnaire à Maurice.
Ainsi, rien d’étonnant à ce que quelques heures après le communiqué du Ministère du Commerce, qui demandait à ce que l’on limite les bouteilles d’huile à un quota de deux par personne, les étagères des supermarchés et des boutiques n’exposaient plus ce produit ménager. Pourtant, ce circulaire du ministère voulait simplement être un moyen de prévention.
Égypte a interdit l’exportation
En effet, ce vendredi 18 mars, leMinistère du Commerce avait demandé aux boutiques, supérettes, supermarchés, hypermarchés et autres commerces de limiter la vente de l’huile à deux bouteilles par personne. Soodesh Callichurn explique que vu que l’Égypte a interdit l’exportation de l’huile, il fallait prendre une décision car 37 % de l’huile comestible, que nous importons à Maurice, provient de ce pays. « Il fallait trouver une alternative. Ainsi, on a pensé qu’en attendant à ce que les importateurs mauriciens trouvent d’autres sources d’approvisionnement, il y a un risque que nous rencontrions des problèmes », avance le Ministre.
Or, voilà que certains commerçants malveillants ont vu en cette mesure préventive le bon filon pour s’en mettre plein les poches.
Presque immédiatement, certains ont enlevé les bouteilles et sachets d’huiles de leurs étagères alors que d’autres n’ont pas hésité à augmenter leurs prix.
Leurs gestes anti patriotiques ont, bien sûr, étaient décriés par les consommateurs. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, certains se sont plaints du fait que l’huile a disparu des étagères ou que le prix a augmenté de Rs 10 dans quelques cas. D’autres racontent comment ils ont visité supermarché après supermarché pour acheter une bouteille d’huile, mais en vain.
Les marchands de gâteaux, les restaurateurs, qui se sont retrouvés dans le pétrin, ont fait appel au bon sens de ces commerçants malhonnêtes. Mais beaucoup ont fait la sourde d’oreilles. Ils espèrent qu’en créant cette pénurie artificielle, ils pourront prochainement vendre leurs huiles à un prix encore plus onéreux.
Par chance, les importateurs n’ont pas joué la carte de la malhonnêteté.
Les importateurs s’activent et rassurent
Contrairement à de nombreux commerçants, Moroil, un gros distributeur de plusieurs marques d’huile, a rassuré la population.
Dans un communiqué la semaine dernière, la compagnie dit disposer d’un stock pour approvisionner le pays durant les prochains mois. Nos équipes travaillent sans relâche pour assurer la production et la livraison de l’huile de manière régulière. Cependant, c’est le panic buying de ces dernières semaines, qui complique la situation. Nous faisons appel au patriotisme mauricien pour acheter de manière raisonnable, afin d’éviter ce ‘panic buying qui prive des familles de la possibilité de s’approvisionner normalement, indique le communiqué. Moroil distribue ces marques d’huile, notamment Rani, Moroil Soya, Moroil Sunflower, entre autres.
Idem du côté d’Agilis, un gros importateur d’huile du pays, qui commercialise les marques Orient et Leader. La compagnie a expliqué qu’elle a déjà un stock d’Égypte. Une cargaison d’huile est déjà en mer et en transit. Elle arrivera incessamment au pays. Il y a un autre stock en production qui sera embarqué bientôt.
Inde la solution ?
Alors que le directeur de P&P International, Pritam Dabydoyal explique que depuis 90 jours, le prix de l’huile ne cesse d’augmenter sur le marché mondial. « L’Ukraine est le plus gros producteur de tournesol (sunflower) et avec cette guerre, personne ne sait ce que nous réserve l’avenir. Ainsi, tous les pays exportateurs au monde prennent des précautions » souligne-t-il.
En outre, l’Égypte vient d’interdire l’exportation de l’huile, car le ramadan approche, dit-il. C’est le même cas pour la Turquie. Pritam Dabydoyal indique que tant que les pays fournisseurs continuent d’exporter de l’huile, il ne devrait pas avoir de problème d’approvisionnement sur le marché local. Par contre s’ils arrêtent d’exporter, les importateurs mauriciens n’auront pas d’autres choix que de se tourner vers l’Inde, qui produit également l’huile, mais à base de riz.
Il rappelle que le ministère a simplement demandait de limiter la vente d’huile comestible à un maximum de deux litres par personne mais la panique a vite gagné la population, d’où le panic buying et une pénurie artificielle.
Protégez les consommateurs, est-ce seulement un slogan ?
Et, les associations des consommateurs, sont-elles des marionnettes ? Car, face à l’abus des commerçants à l’égard des consommateurs, elles n’ont pas levé le petit doigt.
Sont-elles trop occupées à organiser des manifestations anti-gouvernementales pour prendre en main cette situation qui n’est pas dans l’intérêt du consommateur ?
Fort heureusement, les consommateurs ne se laissent pas berner par ces types d’associations. La preuve est l’échec cuisant de la manifestation de l’Association des Consommateurs de l’Ile Maurice (ACIM), qui n’a attiré que trois pelés et un tondu, samedi dernier.
Le ministre tire la sonnette d’alarme
Face à l’attitude des consommateurs et des commerçants, le Ministre du Commerce, Soodesh Callichurn a tiré la sonnette d’alarme. Il a ainsi demandé à la population de ne pas céder au «panic buying», car d’autres sources d’approvisionnement ont été identifiées. II a soutenu qu’il n’y a aucune pénurie. « Dans les jours à venir, d’autres cargaisons seront livrées », assure-t-il.
En effet, suite à une rencontre ce lundi 21 mars entre le Ministre du Commerce, Soodesh Callichurn et les principaux importateurs, le Ministre a fait cette déclaration. «Nous prendrons une décision dans les jours qui viennent, mais il est possible que nous enlevions la mesure de rationnement car nous avons la garantie que le produit sera distribué régulièrement», a assuré le ministre.
De plus, les quatre importateurs principaux, représentant 96 % du marché et qui importent 36 000 tonnes d’huile comestible par année, ont assuré avoir le stock jusqu’à mai et la prochaine livraison a déjà été placée.
Le ministère rappelle aussi que cette mesure de rationnement a été appliquée par précaution car certains pays pproducteur, d’où nous importons l’huile comestible, ont interdit les exportations. En attendant, les importateurs ont trouvé des marchés alternatifs et ont pu sécuriser leurs commandes. En ce qui concerne les autres produits essentiels de consommation, le ministère du Commerce rencontrera les importateurs d’autres produits dans les jours à venir pour s’assurer de la situation.
Plaintes et contraventions
A mercredi dernier, la Consumer Affairs Unit (CAU) a reçu une cinquantaine de plaintes venant des consommateurs. Ces derniers contestent des prix excessifs pratiqués par des commerçants pour la vente d’huile comestible.
Jaguessur Shakun, Senior Consumer Affairs Officer met en garde les commerçants contre « cette mauvaise pratique ».
De plus, le ministère du Commerce et de la Protection des Consommateurs lance une sévère mise en garde aux commerçants qui refusent d’écouler leur stock d’huile comestible.
Selon un haut cadre du ministère de tutelle, des commerçants ont déjà reçu des amendes car ils ne mettaient pas l’huile comestible sur les rayons. En cas de récidive, le ministère demandera un ordre de la Cour pour que les commerces en question ne puissent pas opérer temporairement.
La question qu’on se pose maintenant est-ce que ces commerçants malhonnêtes continueront à faire la pluie et le beau temps ? Car, avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine, d’autres pénuries s’annoncent à l’horizon. Est-ce qu’à chaque fois que les autorités parleront de quota ou prendront des mesures préventives, vont-elles essayer d’en tirer profit ?
Car comme on le sait déjà, qu’outre l’huile, certains grains secs sont aussi importés de l’Ukraine, ce pays que l’on décrit comme le ‘breadbasket’ du monde.