« Rs 500 000 versés sur votre compte bancaire aussitôt que vous vous acquittez des frais de dossier» – C’est en gros le subterfuge qu’utilisent des escrocs étrangers pour arnaquer des mauriciens endettés jusqu’au cou. Bien sûr qu’après les versements, ces escrocs disparaissent dans la nature.
Dossier : Joël Marianne
La mésaventure de Cynthia
C’est pourtant cette mésaventure qu’a connu Cynthia, une pompiste de l’ouest du pays âgé de 42 ans. Mère de deux enfants, elle est tombée sur une annonce d’un dénommé Marius qui dit venir de la Bourse Familiale, une banque française (BAF Groupe-qui n’existe pas bien sûr !) pour l’aider à faire face à ses difficultés financières. Les banques lui ayant refusé de l’aide malgré son statut d’employée, elle s’est confiée à cet escroc très entreprenant.
Sur Facebook, Marius proposait des bourses à des personnes dans le besoin. Après un appel sur WhatsApp sur le numéro suivant 58069207, l’homme lui donne toutes les garanties possibles et plaisante au téléphone. Le nom d’un haut cadre d’une institution financière ayant pignon sur rue est utilisée. Pour mieux convaincre ses victimes, il envoyait des captures d’écrans avec la somme de Rs 500, 000 dûment versé sur le compte bancaire de la personne. Mais pour activer le paiement, il faut payer Rs 9 500 pour avoir les deux codes.
Folle de joie, Cynthia tente de faire le nécessaire pour envoyer l’argent malgré sa situation précaire. N’ayant pas cette somme, Cynthia a effectué un premier paiement de Rs 4, 000 et obtint un code. L’escroc, qui affirme être à Maurice, insista pour avoir le deuxième paiement pour envoyer le second code insistant que l’argent promis serait alors déboursé dans l’heure qui suit. Ce qui était totalement faux. Celle-ci devait être versé sur le compte à la MCB d’une dénommée Marie Princy Stacy Maeva Auffray au 000033220522. A ce moment-là, la pompiste est aux anges, elle a immédiatement pensé que son rêve d’avoir une maison pourrait être finalement concrétisé et que ses enfants pourront aspirer à une vie meilleure.
Ne voyant toujours rien venir, Cynthia contacte à nouveau Marius pour des explications. Ce dernier lui demande un certificat de « non-blanchiment » et une somme additionnelle de Rs 6500. C’est là où elle a compris qu’elle s’est fait arnaquer. Pourtant au départ, tout semblait tellement fiable et réelle. La victime explique que pendant tout le processus, l’escroc a utilisé le même jargon qu’un banquier.
Hameçonnage ou phishing
Dans ce cas précis, les escrocs opèrent un réseau d’origine mauricienne. Leur mode opératoire est de vous attirer dans un piège, comme un pécheur avec un appât dans un hameçon. Pour mieux ferrer leurs futures victimes, les escrocs partagent des annonces sur les réseaux sociaux. Ainsi ils peuvent automatiquement détecter ceux qui sont intéressés et qui envoient plusieurs messages pour demander des informations. A partir de là, ils prennent toutes sortes de renseignements sur la personne, notamment par le biais de son profil mais aussi à travers des messages. Ils utilisent aussi des numéros de téléphone d’opérateur étranger.
D’autres cas : le 1er prix ou le cadeau
Des Indiens ou des Africains envoient des messages faisant croire à leurs destinataires que leurs numéros de téléphones ou comptes bancaires ont été tiré au sort et qu’ils ont remporté un prix pour finir par demander des informations bancaires. Lorsqu’ils obtiennent les donnés nécessaires, ils parviennent à débiter sans la carte de l’argent directement sur le compte.
Plusieursvictimes
Malgré des sensibilisations, plusieurs Mauriciens sont malencontreusement tombés dans ce genre de piège. Une infirmière de 40 ans s’est aussi fait arnaquer de Rs 9 000. Elle avait reçu un appel téléphonique sur l’application Viber, le jeudi 13 février. L’appel entrant avait le logo de la MCB affiché. Un homme s’est présenté comme un certain Raoul G…, expliquant qu’il occupe le poste de Senior ExecutiveVice-President de la MCB. Il informe l’habitante de Montagne-Blanche qu’elle a reçu un chèque-cadeau de Rs 500 000. Il lui a ensuite demandé son numéro de compte bancaire, le numéro de sa carte de crédit ainsi que son mot de passe afin qu’il puisse faire le versement. Une quinzaine de minutes plus tard, l’infirmière reçoit un message de notification de la MCB sur son téléphone portable l’informant que Rs 9 000 ont été débitées de son compte bancaire.
Un autre s’est fait arnaquer Rs 34 000. L’homme de 67 ans, explique avoir reçu un appel d’une banque sur son compte Viber via le numéro de téléphone +48699556788. L’appelant s’est présenté comme un préposé de la division internationale d’une banque de Port-Louis pour lui annoncer que son compte mobile avait été sélectionné pour des prix internationaux. Après avoir eu les informations nécessaire, l’escroc a extirpé l’argent du sexagénaire comme suit Rs 9000, Rs 20 000 et Rs 5000. L’habitant de Rose-Hill, a porté plainte, le mercredi 19 février, au poste de police de Pope-Hennessy.
Les cibles
Les principales victimes sont des consommateurs en situation de faiblesse ou d’ignorance qui ne sont pas en mesure d’apprécier la portée des engagements qu’elles prennent ou de déceler les ruses ou artifices employés pour les convaincre. Cet état peut résulter, notamment, d’un âge avancé, d’une mauvaise compréhension de la langue française ou s’il est omnibulé par l’argent. La vulnérabilité est ainsi le principal point d’entrée pour les escrocs qui font abus de ces faiblesses.
La MBA met ses clients en garde
La Mauritius Bankers Association (MBA) a attiré l’attention du public sur ces cas de fraude via les réseaux sociaux. Un communiqué a été émis en ce sens, le jeudi 27 février, expliquant que des hackers se font passer pour des agents de différentes banques et réclament des informations bancaires personnelles. L’institution bancaire explique que si vous tombez dans le piège, votre compte bancaire peut être piraté et vidé. Soulignant que « la banque a enregistré des cas depuis novembre 2019 ».
La banque ne fait aucun appel officiel par Whatsapp ou Viber
Contacté, un préposé du groupe bancaire local mis en question, affirme qu’en aucun cas, la banque n’appelle ses clients pour demander ces genres d’informations. Affirmant qu’aucun employé n’a le droit de prendre des renseignements concernant le compte d’un client par téléphone, encore moins par Viber et WhatsApp.
« Nous avons sensibilisé nos clients. On leur demande de ne jamais fournir des informations concernant leur compte bancaire à quiconque ou via un appel téléphonique, encore moins via l’application Viber ou WhatsApp. Les mots de passe et codes secrets ne doivent en aucun cas être partagés à des tiers. Il est aussi de la responsabilité des membres du public de faire preuve de vigilance, et de prendre des précautions avant de partager des informations personnelles et bancaires. Si des consommateurs ont des doutes concernant une demande d’information, ou pensent avoir révélé des informations personnelles ou bancaires par inadvertance, il leur est conseillé d’immédiatement changer leurs mots de passe et de contacter leur banque » dit-il.