Même si Rodrigues n’a enregistré aucun cas de Covid-19 jusqu’ici, Mgr Alain Harel, évêque de Rodrigues se dit très préoccupé par cette pandémie qui touche presque tous les pays du monde dont les îles de l’océan Indien. Selon le chef de l’Église catholique de Rodrigues, le retour à la vie normale sera synonyme de défi dans tous les secteurs d’activités et il estime qu’aucun pays « ne pourra se relever seul » de cette terrible épreuve. Toutefois, il estime qu’à travers la solidarité entre les différentes îles et l’unité nationale, nous pourrons tous sortir grandis de cette épreuve.
La religion, du latin religare, lier, implique par définition un lien, et souvent, le contact physique, notamment dans le catholicisme. Avec le confinement national en raison de la présence de personnes infectées par le coronavirus à Maurice, l’Église catholique a été contrainte de prendre des mesures drastiques afin de limiter la propagation de cette maladie. Parmi, il y a la fermeture de toutes les églises et la non-célébration de plusieurs rituels, dont les mariages, et les funérailles,entre autres. « Je suis pleinement satisfait que les personnes de foi catholique à Rodrigues se sont pliées aux différentes mesures imposées par l’Église à Rodrigues afin d’éviter toute propagation du nouveau coronavirus », renchérit l’homme d’église.
D’emblée, Mgr Alain Harel avance également que les citoyens du dixième district se sont aussi adaptés aux autres mesures de protection imposées par le gouvernement central et régional par rapport au confinement national. « Selon un constat, je note que la population rodriguaise dans son ensemble a réalisé l’ampleur de cette maladie qui n’épargne aucun pays et respecte les consignes du gouvernement central et régional afin que l’île soit protégée de ce virus qui tue », dixit l’homme d’église. Et d’ajouter : « Nous devons tous être vigilants, disciplinés et faire preuve de responsabilité afin que nous ne soyons pas des agents de contamination ».
Carême pascale versus confinement
Durant cette période de confinement, selon Mgr Alain Harel, le carême a pris une toute autre tournure avec cette pandémie qui fait peur. «Le carême, dans la tradition chrétienne, est un temps de privation, de prière, de partage et de solidarité et ces demandes de l’Église prennent davantage leur importance en ces temps difficiles à travers le monde. Le vrai carême, c’est vivre l’Évangile dans notre vie de tous les jours, au cœur de nos responsabilités citoyennes et être solidaires des plus pauvres et des plus vulnérables. Nous devons ces jours-ci être responsables de notre propre santé et de celle des autres, mais se protéger ne veut pas dire un repli sur soi et être égoïste. Vivons la solidarité, et concrètement dans le court terme, cela veut dire prendre les nouvelles des autres et partager avec ceux qui ont faim. On peut partager de la nourriture ou donner une bonbonne de gaz pour que l’autre puisse se préparer à manger et nourrir sa famille. Être solidaire à moyen terme, c’est faire le maximum pour protéger l’emploi. Réfléchir comment se serrer la ceinture pour maintenir l’emploi est, je crois, un jeûne qui plaît au Seigneur ».
Signe apocalyptique ?
Le coronavirus est-il un jugement de la fin des temps ? À cette question, le chef de l’Église catholique de Rodrigues répond par la négative. « Cette pandémie fait peur certainement devant tant de tragédies en Italie, en Espagne et ailleurs. Sans être devin, il ne s’agit pas de la fin des temps ! Il y a eu des épidémies beaucoup plus graves et dramatiques dans l’histoire de l’Humanité ».Il cite comme exemple l’épidémie de la peste au Moyen Ȃge, le choléra et la grippe dite espagnole, qui ont causé beaucoup de morts dans le passé. « Aujourd’hui, et fort heureusement, nous sommes médicalement et économiquement mieux équipés pour faire front contre les épidémies et c’est la raison pour laquelle nous devons être vigilants et disciplinés. Nous devons absolument respecter cette consigne de confinement national », exhorte le religieux.
Remise en question
Le coronavirus est une bonne occasion pour se remettre en question. Du moins, c’est l’avis exprimés par Mgr Alain Harel. Ce dernier estime que depuis que cette maladie a fait son apparition dans le monde, il y a comme une sorte de prise de conscience sur les fragilités humaines. En tant que chef d’église, il se pose lui-même plusieurs questions :« Cette crise sanitaire, économique et éducative, sera-t-elle une simple parenthèse, dans le sens où la vie reprendra son cours normal, avec certes son lot de difficultés ? Ou est-ce que ce n’est pas l’occasion d’une remise en cause des excès de la mondialisation et d’une idéologie avec des slogans tels que ‘village global’ ou ‘libre échange’ ? ».
Mgr Alain Harel dit souhaiter que le pays, de même que les autres îles de l’océan Indien puissent créer du « neuf » à partir de la crise Covid-19 au lieu de retourner vers le passé qui, dit-il, est trop souvent idéalisé. Pour se faire, le religieux estime que les différentes chefs d’État doivent impérativement corriger toutes les inégalités criantes qui existent dans leurs sociétés respectives. « Cette crise sanitaire et ce confinement nous invitent à nous poser les bonnes questions et cette réflexion ne doit pas concerner que ceux qui sont à des postes de responsabilité dans la vie socio-économique, mais tous les citoyens ont leur mot à dire, car c’est cela la démocratie participative ».
Solidarité régionale
Dans la même lignée, l’évêque de Rodrigues fait une vive plaidoiyer auprès des peuples des différentes îles de l’océan Indien pour une solidarité régionale. « Je crois sincèrement que la régionalisation est une alternative pour nous entraider et que cette épreuve commune est l’occasion d’un nouveau départ et du neuf dans la coopération régionale dans tous les domaines. Après la crise, nous aurons besoin de relancer l’économie et aucune île ne pourra s’en sortir seule. C’est l’occasion de se serrer les coudes pour relever les défis », dit-il. Ce dernier est d’avis que le partage des expériences sera une grande source d’entraide et de richesses parce que nous sommes tous des ‘îlois’. Pour lui, dans ce moment de crise, il faudra être créatif pour relancer l’économie.
Un défi pour chacun sur la planète Terre
Le dignitaire du clergé catholique persiste et signe que nous devons tous prendre cette situation très au sérieux, sans néanmoins sombrer dans le pessimisme. « Le carême est un temps d’espérance et Jésus nous invite justement à l’espérance. Nous avons la capacité de relever les défis et de sortir grandis de cette épreuve, personnellement mais aussi en tant que Nation. Il ne nous faut pas oublier que nous sommes dans un ensemble, que tout est lié et que nous devons travailler tous pour le bien de notre maison commune. Et surtout le post-Covid-19 est un défi pour chacun sur la planète Terre », conclut-il.