Le roi Philippe rend un masque emporté en Belgique depuis l’époque coloniale
Le roi Philippe a remis à la République démocratique du Congo le premier des quelque 84 000 objets emportés à l’époque coloniale que la Belgique a accepté de restituer. Il s’agit d’un masque, appelé Kakungu, qui était auparavant exposé au Musée royal de l’Afrique centrale de Belgique.
Le roi Philippe et la reine Mathilde sont en visite en RD Congo à l’invitation du président Félix Tshisekedi. Le bilan colonial de la Belgique en RD Congo a été l’un des plus brutaux d’Afrique.
Le masque nouvellement rendu a été utilisé lors des cérémonies de guérison par la communauté Suku, du sud-ouest du pays. Il a été acheté par un marchand d’art il y a 70 ans avant d’être exposé au musée belge.
Le roi Phillipe a déclaré que l’objet était en “prêt indéfini” à la RD Congo. “J’ai voulu, lors de notre visite au Musée national et en votre présence, vous restituer cette oeuvre exceptionnelle afin de permettre aux Congolais de la découvrir et de l’admirer”, a déclaré le roi.
“Il marque le début symbolique du renforcement de la collaboration culturelle entre la Belgique et le Congo”, a-t-il poursuivi. De nombreux autres artefacts sont à restituer du Musée royal de l’Afrique centrale, dont près de 70 % des objets d’art ont été saisis pendant la période coloniale.
Après la passation, un accord a été signé pour ouvrir une collaboration culturelle entre le Musée national de la RD Congo et le Musée royal de l’Afrique centrale, mais les détails n’ont pas été rendus publics.
La tante du roi Philippe, la princesse Esmerelda, a déclaré à la BBC qu’il était juste que les objets pillés aient été restitués. “Les anciennes puissances coloniales européennes devraient reconnaître le passé”, a-t-elle déclaré à l’émission World Tonight de la BBC. “Je crois fermement que les artefacts qui ont été volés dans tant de pays d’Afrique et d’ailleurs devraient retourner à leur place.”
Des millions de Congolais ont subi des actes de cruauté sous la colonisation, en particulier sous le règne du roi Léopold II, qui possédait l’État indépendant du Congo comme sa propriété personnelle.
Une deuxième journée de voyage sous le signe de la mémoire et de la réconciliation. Le roi Philippe de Belgique a réitéré, mercredi 8 juin, ses “plus profonds regrets pour les blessures” infligées à l’ex-Congo belge durant la période coloniale.
Le régime colonial, “basé sur l’exploitation et la domination”, était “celui d’une relation inégale, en soi injustifiable, marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme. Il a donné lieu à des exactions et des humiliations”, a déclaré solennellement le souverain dans un discours prononcé à Kinshasa, sur l’esplanade du Parlement.
“À l’occasion de mon premier voyage au Congo (…), je désire réaffirmer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé”, a-t-il ajouté.
En 2020, le roi Philippe a écrit au président Tshisekedi à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du pays pour exprimer ses « plus profonds regrets » pour les exactions coloniales commises sous ses ancêtres. Mais la princesse Esmeralda a déclaré qu’il en fallait plus: “Je pense que les excuses devraient probablement arriver bientôt, des excuses formelles pour le passé et pour les atrocités coloniales qui ont été commises”.
La visite d’une semaine du roi Philippe, sa première depuis son accession au trône en 2013, a reçu un accueil mitigé de la part des personnes avec lesquelles la BBC s’est entretenue à Kinshasa.
“Je suis très content de cette visite, car le pays va mal depuis le départ des Belges”, a déclaré une personne. Tandis qu’une autre s’est montrée moins enthousiaste : “Le président décide d’inviter le roi des Belges, pour faire quoi, nous piller à nouveau ?”
Dans le cadre du voyage, le roi Phillipe a également rencontré le caporal Albert Kunyuku, le dernier vétéran congolais survivant de la Seconde Guerre mondiale qui a combattu aux côtés des Belges. Lors d’un mémorial d’anciens combattants, une couronne a été déposée et le roi Phillipe a remis une médaille au caporal Kunyuku.
Le couple royal a passé la journée de jeudi à Kinshasa, avant de se rendre à Lubumbashi (sud-est) puis à Bukavu, dans l’est, où il visitera, dimanche, la clinique du gynécologue Denis Mukwege, colauréat du prix Nobel de la paix en 2018 pour son action en faveur des femmes victimes de viols.
L’est du pays est en proie aux violences de groupes armés depuis près de 30 ans et cette visite intervient en plein regain de tension entre la RD Congo et son voisin le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir des rebelles.
Le roi a évoqué dans son discours “l’intégrité territoriale du Congo” et l’instabilité dans l’Est, “où règnent trop souvent une violence inhumaine et l’impunité”. “Cette situation ne peut plus durer”, a-t-il dit.
Parmi les domaines de coopération qu’il voudrait voir renforcés, le président congolais a mentionné, de son côté, devant la presse, la “coopération militaire”. Un temps suspendue, celle-ci a repris par de la formation, mais, a-t-il dit, “c’est à la Belgique de voir ce qu’elle peut apporter de plus”.