Après la destitution de Trump, la bataille du procès est engagée

in Monde

Donald Trump est renvoyé en procès devant le Sénat à majorité républicaine. Cette nouvelle étape dans la procédure d’impeachment bouscule un pays déjà très divisé et pourrait se retourner contre les démocrates.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Chambre des représentants a tenu un vote historique. Le président américain y a été mis en accusation lors d’un vote synonyme de procès en destitution pour l’homme d’affaires. La Chambre s’est prononcée en faveur de l’impeachement pour abus de pouvoir, par 230 voix contre 197. Elle a aussi adopté, avec 229 voix pour, 198 contre et une abstention, un second chef d’accusation – entrave au travail du Congrès – en raison du refus de Trump de participer à l’enquête en destitution le visant.

Il appartiendra désormais au Sénat de juger Donald Trump, sans doute en janvier. Les républicains, qui contrôlent la chambre haute, ont la ferme intention d’acquitter leur président. “Le président a confiance dans le Sénat pour rétablir l’ordre”, a réagi  la Maison-Blanche. “Il est prêt pour les prochaines étapes et a confiance dans le fait qu’il sera totalement disculpé.”

La décision est tombée au moment où Donald Trump était à la tribune d’un meeting de campagne à Battle Creek, dans le Michigan, à environ 1.000 km de Washington. Il a accusé les démocrates d’essayer “d’annuler le vote de dizaines de millions d’Américains” en tentant de le pousser hors de la Maison-Blanche. Et a estimé que ses adversaires politiques venaient de commettre un “suicide politique”. “La gauche radicale au Congrès est rongée par l’envie, la haine et la rage”, a encore lancé le président. Plus tard dans la nuit, il a posté sur Twitter une photo de lui en noir et blanc, doigt pointé vers l’avant, avec la légende: “En réalité, ils n’en ont pas après moi. Ils en ont après vous. Je ne fais que les gêner.”

La balle est dans le camp du Sénat

Cela étant, les démocrates n’auront plus le contrôle de la procédure lors du procès au Sénat, à majorité républicaine, qui devrait démarrer en janvier. Mercredi soir, un doute commençait à saisir les observateurs à Washington: et si le procès n’avait pas lieu en janvier comme prévu?

Si les républicains tentent de mettre des bâtons dans les roues du procès d’impeachment au Sénat, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre, a menacé de ne pas leur transmettre les chefs d’accusation, ce qui pourrait faire durer les choses bien plus longtemps que prévu.

Les républicains ont prévenu: ils n’entendront pas les témoins réclamés par les démocrates et ils iront le plus vite possible pour acquitter Donald Trump. Pour leur forcer la main et garantir un procès “équitable”, Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, a donc laissé entendre qu’elle pourrait ne pas transmettre les articles d’impeachment au Sénat comme prévu. Ainsi, l’impeachment demeurerait, mais l’acquittement se ferait attendre pour Donald Trump. Jusqu’aux élections de 2020?

Le troisième président américain à passer par là

Mais Donald Trump devient le troisième Président américain à être mis en accusation. En 1868, Andrew Johnson – qui avait notamment opté pour la réintégration des États sécessionnistes du sud – fut acquitté par le Sénat. Tout comme le démocrate Bill Clinton en 1998 lors de la fameuse “affaire Lewinsky”. Près de 25 ans plus tôt, en 1974, le républicain Richard Nixon démissionna juste avant la mise en accusation par le Congrès suite au scandale du Watergate (une affaire d’espionnage politique dans les locaux du parti démocrate à Washington).

Aujourd’hui l’impeachment de Trump est une humiliation politique qui figurera dans sa biographie et contribue à diviser le pays encore un peu plus.

Les manifestants venus se faire entendre

L’impeachment va aider Trump à électrisé sa base, mais cela ne sera pas suffisant pour lui garantir une victoire en 2020.

Devant le Congrès à Washington, quelques manifestants sont venus donner de la voix mercredi, la plupart soutenant l’impeachment. Après tout, la ville est à grande majorité démocrate. “Notre pays le vaut bien”, estime une quadragénaire brandissant une pancarte: “Assumez les faits. Destituez Trump”. “Nous avons travaillé trop dur pour construire les institutions que nous avons aujourd’hui. Les laisser dériver autant serait tragique”, ajoute-t-elle.

Ed, un habitant du Maryland voisin, est venu, au contraire, soutenir le 45e président des États-Unis. “Je ne pense pas qu’il ait fait quoi que ce soit de mal, assure-t-il. Comme Trump l’a dit lui-même, l’appel (au Président ukrainien, dans lequel il réclame une enquête sur Joe Biden, NDLR) était parfait!” Pour cet entrepreneur, “on se souviendra de Donald Trump comme du plus grand martyr politique de l’histoire mondiale”. Il sait toutefois que le milliardaire n’a aucune chance d’être destitué à l’issue du procès au Sénat dont la majorité est républicaine. Et il espère bien qu’il sera réélu en 2020: “L’histoire se remémorera combien les démocrates sont fous, donc laissons-les s’amuser: Trump n’ira nulle part.”

En hausse dans les sondages malgré tout

Un sondage Gallup, publié mercredi, jour du vote, pourrait donner des sueurs froides aux démocrates: il crédite le Président de 45% d’opinions favorables, une hausse de six points par rapport au début de l’enquête, fin septembre. Le soutien à la procédure d’impeachment et à la destitution, lui, a diminué selon Gallup: les sondés ne sont plus que 46% à les juger nécessaires, contre 52% au moment du lancement de l’enquête ukrainienne fin septembre. La majorité, 51%, est désormais contre la procédure.

Les opinions restent toutefois divisées selon des lignes partisanes: 85% des démocrates continuent à vouloir voir le Président démis de ses fonctions, contre 5% des républicains.

Quel impact sur la campagne présidentielle?

Pour Wendy J. Schiller-Kalunian, politologue à l’université de Brown, “l’impeachment va aider Trump à maintenir et à électriser sa base qui estime que les chefs d’accusation ne sont pas sérieux. Cela dit, cela ne sera pas suffisant pour lui garantir une victoire en 2020. En 2016, il n’a gagné que grâce à 88.000 voix sur 138 millions (dans certains États-clés, bien qu’il ait perdu le vote populaire face à Hillary Clinton, NDLR), donc cela sera encore très serré en 2020”.

De leur côté, les démocrates espèrent convaincre le pays qu’ils n’ont fait que leur devoir constitutionnel. Donald Trump “ne nous a pas laissé d’autre choix”, a expliqué Nancy Pelosi. “Quand on voit quelque chose qui n’est pas bien, pas juste, on a une obligation morale de dire ou faire quelque chose. Nos enfants et nos petits-enfants nous demanderont ‘qu’avez-vous fait? Qu’avez-vous dit?'”, a commenté, pour sa part, le représentant démocrate John Lewis.

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