Parti de la place Lise-Girardin, le cortège antifasciste a avancé sans heurts
majeurs.
«Zemmour! Casse-toi! Genève reste antifa!» Scandé au rythme des
tambours, le slogan de ralliement est répété dans tout le cortège, parti de la
place Lise-Girardin à 18 h 30 mercredi soir. La manifestation organisée
par le Silure, coalition rassemblant diverses associations de défense des
minorités, des partis politiques et des syndicats, protestant contre la venue
d’Eric Zemmour à Genève pour un débat le soir même, se déroule jusqu’à
présent sans heurts majeurs.
On estimait la foule à un millier de militants, la police nous avance le chiffre de
700 personnes. Une masse compacte en tout cas, qui avance derrière une large
banderole «Genève reste antifa». On croise l’élu socialiste Sylvain Thévoz, avec
sa fille sur les épaules, tétine à la bouche. Ou la chorégraphe et cinéaste
Fabienne Abramovich, également militante féministe, caméra au poing.
Des fumigènes rouges ou gris et des basses diffusées par des sonos roulant en
camion amènent une ambiance qui se veut festive. On repère des drapeaux de
différents partis politiques, dont SolidaritéS, mais aussi de partis français,
comme celui de Mélenchon, La France insoumise, ou encore le NPA, soit le
Nouveau parti anticapitaliste. Les militants qui se revendiquent de ce dernier
parti viennent d’Annecy, et se qualifient «plus à gauche» que ceux de La France
insoumise.
De nombreux panneaux arborent des inscriptions «antifascistes, antiracistes,
antisexistes». C’est que le politicien français Eric Zemmour réunit aux yeux des
manifestants «tout ce que l’on combat», assure un groupe de sexagénaires
genevois. «On ne veut pas laisser les idées fascistes gagner du terrain ici»,
assurent ces derniers, qui ont aussi fait partie des grèves du climat. Le discours
est le même chez tous.
Depuis le camion, une voix au mégaphone harangue la foule avant que le
cortège ne se mette en branle. Si les «Wouhou!» du public encouragent chaque
phrase, notamment les «idées nauséabondes de Zemmour que l’on sent
jusqu’ici», les clameurs sont bien moins nourries lorsque l’orateur assimile «les
groupuscules d’extrême droite» contre lesquels l’organisation antifasciste lutte
avec «les manifestants anti-Covid qui sont venus dernièrement à Genève». En
effet, «ce thème nous divise à l’extrême gauche», explique un militant
quinquagénaire aux cheveux longs portant un drapeau au logo «non binaire»,
lui-même non vacciné et antipass.
Quelques tags apparaissent dans les rues dans le quartier des Pâquis, dont un
«Zemmour dégage» pulvérisé à la bombe violette par une main tremblante qui
semble novice à l’exercice. Son auteur se fait caresser le dos par son amie en
regagnant le cortège. Un rite de passage réussi pour ce jeune. On repère aussi çà
et là des militants agenouillés, qui fourrent leurs habits de ville dans leur sac à
dos pour revêtir cagoule noire ou foulards le temps de la manifestation.
Un hélicoptère bourdonne au-dessus de la foule.
À 20 h 45, quelque 400 personnes sont encore présentes à la place des Grottes,
terminus de la manifestation. Un appel a été lancé au mégaphone pour ceux qui
voudraient marcher jusqu’au Hilton. Mais l’hôtel où se tient la conférence
d’Eric Zemmour est à une bonne trotte, et personne ne semble manifester son
intérêt pour aller y protester.
Selon le porte-parole de la police genevoise Sylvain Guillaume-Gentil, «trois
interpellations ont eu lieu jusqu’à présent», et les seuls dommages constatés
étaient «des tags et des rétroviseurs cassés dans la rue de Lausanne, à hauteur du
supermarché Lidl».
A 21h30, la manifestation est considérée comme «terminée» par les forces de
l’ordre. Quelque 70 personnes font encore la fête sur la place des Grottes.
Caché à l’arrière de Palexpo, non loin de l’autoroute, le Hilton du Grand-
Saconnex n’est guère connu des Genevois. Il est devenu un point de focale
médiatique ce soir à la faveur d’un dîner/débat qui réunissait le tribun français
Eric Zemmour, candidat putatif à la présidentielle du printemps prochain, et
l’avocat local Marc Bonnant. Le tout face à 300 convives – à 200 francs la place
- ayant répondu à l’invitation du cercle privé Convergences, dirigé par une
Française de Genève.
Le cadre est peu hospitalier. Fausse alerte au colis piégé vers 18 h. Vol
d’hélicoptère en rase-mottes. Présence policière massive. On a compté jusqu’à
neuf hommes en tenue des grands soirs rien qu’à l’entrée du parking. La presse,
nombreuse avec notamment trois télés françaises, est parquée comme du bétail.
Mais s’échappe parfois pour interroger les convives. Une invitée déclare ainsi
son admiration pour «une voix forte qui changera le cours de la France et de
l’Europe. Ce qui se passe en France est gravissime. On ne nous dit rien!» «Ce
ne sont pas mes convictions, mais je veux voir par moi-même, la presse ment»,
décoche une autre.
Deux élus UDC, qui ont rencontré Eric Zemmour dans la journée, sont de la
fête. Le conseiller municipal Eric Bertinat juge «étonnant» le niveau de
«violence» en réaction au débat. Le conseiller national Yves Nidegger qualifie
le phénomène de «fasciste».
Le tout se déroule sur fond d’un défilé constant de luxueuses berlines souvent
allemandes. L’ambiance n’est pas populaire. «Homme et femme blancs de plus
de 50 ans n’est pas un mythe », nous glisse un observateur dans la salle. Dans la
cour glacée où la presse est parquée, c’est le retour à un calme transi vers 20 h
30 alors que dans la salle, selon notre source, «rien n’a encore commencé».
Le débat s’est achevé vers 22h30 sous les applaudissements et quelques
exclamations: « Zemmour président! »