À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, l’événement qui devait être « le Mondial le plus inclusif de l’histoire » se transforme en symbole de fractures politiques et de discriminations. Les politiques migratoires de l’administration de Donald Trump, le pire président des Etats-Unis ciblant notamment des pays africains et l’Iran, ainsi que des propos méprisants sur les équipes du continent africain, menacent de briser l’esprit de fête et d’universalité qui devrait entourer la compétition.
Entre interdictions de voyage, caution de visa exorbitante, arbitre africain refoulé et supporters iraniens privés de billets, le football se retrouve pris en otage d’une stratégie politique raciste et xénophobe, sur fond de passivité de la FIFA et de son président Gianni Infantino. Une situation qui doit retourner les Abraham Lincloln, Theodore Roosevelt, Franklin D. Roosevelt et Lyndon B. Johnson dans leurs tombes.
Des supporters africains empêchés de vivre « leur » Mondial
Pour des milliers de supporters africains, l’accès à la Coupe du monde 2026 relève du parcours du combattant. Les restrictions migratoires et l’extension des interdictions de voyage imposées par l’administration Trump frappent de plein fouet les fans originaires notamment du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
De nombreux supporters se sont vu refuser des visas, voir leurs autorisations de voyage annulées ou encore être purement et simplement interdits d’entrée sur le territoire américain. Si certaines exemptions existent pour les athlètes et une partie du staff, « les supporters et les officiels sont directement pénalisés ». Même des journalistes accrédités et certains dirigeants de fédérations africaines peinent à obtenir leurs visas.
La frustration est immense. Des groupes de supporters très connus, comme le célèbre « 12e Gaï » du Sénégal, dénoncent une situation qui « les prive de l’événement » et les empêche d’accompagner leurs équipes. Face à ces obstacles, plusieurs fédérations et associations de fans n’ont d’autre choix que de « compter sur la diaspora africaine déjà installée en Amérique du Nord pour remplir les tribunes et soutenir les équipes qualifiées ».
Une caution de visa à 15 000 dollars, puis un recul… partiel
L’un des symboles les plus choquants de cette politique a été l’instauration, par Washington, d’une caution de visa pouvant atteindre 15 000 dollars, visant officiellement à « réduire les dépassements de durée de séjour » et s’inscrivant « dans le cadre d’une répression plus large de l’immigration menée par la Maison Blanche ». Les montants exigés variaient « entre 5 000 et 15 000 dollars ».
Sous la pression et à l’approche de la compétition, l’administration Trump a reculé en partie : les supporters originaires de cinq pays africains – Algérie, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Sénégal et Tunisie – déjà en possession d’un billet et « inscrits sur le système en ligne Fifa Pass avant le 15 avril » sont désormais « dispensés de l’obligation de verser une caution pour l’obtention du visa » Mora Namdar, sous-secrétaire d’État aux affaires consulaires, a déclaré : « Nous dispensons de la caution de visa les supporters éligibles qui ont acheté des billets pour la Coupe du monde. »
Mais ce geste, présenté par la FIFA comme la preuve d’une « collaboration continue avec la Maison Blanche afin d’organiser un événement mondial couronné de succès, qui battra tous les records et restera inoubliable », arrive trop tard pour beaucoup. On « ne sait pas encore si les ressortissants des cinq pays africains qui achèteront un billet de dernière minute pour un match devront s’acquitter de la caution pour le visa », et les restrictions de voyage demeurent pour certains.
Les voyageurs de Côte d’Ivoire et du Sénégal restent « soumis à des restrictions partielles dans le cadre de l’interdiction de voyager toujours en vigueur ». Les supporters de ces deux pays « qui n’ont pas obtenu leur visa avant décembre ne se verront pas accorder de visa de visiteur pour se rendre aux États-Unis ». Même les ressortissants de pays non soumis à la caution se heurtent à des refus : ainsi, « certains Ghanéens, qui espèrent voir leur équipe jouer à Boston et à Philadelphie, se sont vu refuser un visa d’entrée aux États-Unis ».
Coûts prohibitifs, contrôles numériques et profilage racial
Au-delà des barrières administratives, des obstacles financiers colossaux s’ajoutent. Le coût des billets d’avion, de l’hébergement, des déplacements entre trois pays hôtes, ainsi que le prix des billets dans les stades rendent l’expérience quasiment inaccessible à beaucoup de fans africains.
Pour les dix premiers matchs impliquant une équipe africaine, « des places à environ 600 dollars » n’étaient disponibles que pour un seul match (Égypte–Belgique), tandis que « les quelques billets encore disponibles pour le match d’ouverture du tournoi entre le Mexique et l’Afrique du Sud sont en vente au prix de 3 840 dollars ». Sur la plateforme officielle de revente de la FIFA, la situation est encore plus indécente : « deux billets de catégorie 3 situés dans la tribune supérieure du stade qui accueillera ce premier match à Mexico sont proposés à la somme astronomique de 34 500 dollars chacun ».
S’y ajoutent les nouvelles exigences américaines en matière de sécurité : à la fin de l’année dernière, Washington a annoncé que les touristes de dizaines de pays pourraient être contraints de fournir « l’historique de leurs activités sur les réseaux sociaux des cinq dernières années » comme condition d’entrée sur le territoire. Des organisations de défense des droits humains avertissent que ces mesures peuvent entraîner « un refus d’entrée sur le territoire, des risques d’arrestation, un durcissement des restrictions de voyage, une surveillance des réseaux sociaux, un profilage racial et une surveillance accrue ».
Ainsi, alors qu’« un nombre record de 10 équipes africaines participeront à la phase finale », ceux qui rêvent de les encourager dans les stades devront non seulement « avoir les moyens », mais aussi affronter une suspicion systématique fondée sur leur origine.
Propos méprisants de Trump sur les équipes africaines
Ces obstacles administratifs et financiers s’inscrivent dans un climat de discours dégradants tenus par Donald Trump à l’égard de l’Afrique. Le président américain a été cité pour avoir tenu des propos méprisants sur le niveau des équipes africaines, affirmant qu’un responsable de la FIFA l’aurait rassuré sur le fait que « les équipes africaines ne restaient jamais très longtemps dans le tournoi » [1]. Il se serait même « publiquement réjoui que ces éliminations rapides permettent de libérer de l’espace dans son pays ».
De tels propos, jugés « honteux » et « méprisants » par de nombreux observateurs, renforcent l’idée que les supporters et sélections africaines ne sont pas considérés comme des invités légitimes, mais comme un problème à contenir. D’où la montée d’appels au boycott, certains fans dénonçant une situation « honteuse pour le football africain ».
L’affaire Omar Abdulkadir Artan : un arbitre somalien humilié
Symbole particulièrement violent du climat actuel, le cas de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan illustre le caractère discriminatoire des mesures américaines. Âgé de 34 ans, désigné « meilleur arbitre africain masculin en 2025 » par la CAF, il avait été sélectionné pour officier lors des matchs de la Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Il devait devenir le premier Somalien à arbitrer une phase finale de Mondial, un événement historique pour un pays classé 198ᵉ à la FIFA.
Malgré un « visa en règle » et un « passeport diplomatique », il a été refoulé à son arrivée à Miami et renvoyé à Istanbul, après des contrôles supplémentaires de la part des agents des douanes et de la protection des frontières américaines. Un responsable du CBP a simplement déclaré à CNN qu’il avait été jugé « inadmissible aux États-Unis » après un contrôle de sécurité, sans fournir de motif officiel.
La Somalie faisant partie des pays visés par le décret migratoire de Trump, le message envoyé est limpide : l’identité de cet arbitre, plus que son parcours ou ses compétences, est la vraie raison de son exclusion. Comme le résume le texte : « Omar Abdulkadir Artan n’est pas rejeté pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il est : un Somalien. Un acte raciste assumé, qui humilie non seulement un homme, mais également la FIFA, l’Afrique, et les valeurs mêmes du sport. »
La réaction de la FIFA est pour le moins timide. Dans un communiqué, l’instance se contente de rappeler qu’elle « n’intervient pas dans les décisions des pays hôtes en matière de voyages » et que « c’est au gouvernement du pays hôte qu’il revient de décider qui obtient un visa et qui est autorisé à entrer sur son territoire ». Aucune dénonciation publique, aucune pression, aucune prise de position forte pour défendre l’un de ses officiels.
Cette attitude nourrit l’accusation selon laquelle « la FIFA, sous la direction de Gianni Infantino, a cédé sans protester ». D’où une question centrale : « Jusqu’où iront les concessions de la FIFA pour ne pas froisser le pays hôte ? » Cette soumission « contraste avec des précédents où des instances sportives, comme l’UEFA sous Michel Platini, ont su imposer le respect de leurs principes ».
L’Iran, autre victime des tensions politiques
Les discriminations et entraves ne touchent pas que l’Afrique. La sélection iranienne, la Team Melli, est-elle aussi prise dans un engrenage politico-sécuritaire qui menace le principe de neutralité du sport.
La participation de l’Iran a d’abord été politiquement contestée, certains responsables politiques allant jusqu’à suggérer que l’Italie la remplace. Gianni Infantino a finalement insisté pour que l’Iran soit bien présent au Mondial, mais les obstacles concrets n’ont pas disparu.
Arrivée au Mexique pour sa préparation, l’équipe a connu un « parcours du combattant pour les visas ». Le staff a subi « plusieurs refus », et la délégation est contrainte de « quitter le territoire américain après chaque match disputé aux États-Unis ». À cela s’ajoute un nouveau coup dur : la Fédération iranienne de football accuse les États-Unis d’avoir « retiré son quota officiel de tickets », laissant les supporters iraniens « dans l’incapacité d’obtenir des places dans les stades pour soutenir leur équipe ».
Dans un contexte interne marqué par la guerre, une crise économique sévère et une forte inflation, la « fièvre du Mondial » peine déjà à prendre en Iran. Ces blocages extérieurs ne font qu’aggraver le sentiment d’injustice et d’isolement.
Là encore, le message envoyé est clair : certaines équipes et certains peuples sont tolérés sur le terrain, mais découragés, voire empêchés, d’exister pleinement comme partie prenante de la fête mondiale qu’est censée être une Coupe du monde.
Appels au boycott et colère du monde du football
Face à cette accumulation d’obstacles racistes, politiques, logistiques et financiers, la colère enfle. L’ancien sélectionneur emblématique Claude Le Roy s’est élevé avec force contre ces mesures, allant jusqu’à évoquer « l’idée d’un boycott » de la compétition pour protester contre le traitement réservé à l’Afrique.
De nombreux experts et commentateurs dénoncent un véritable paradoxe : alors que la FIFA promettait une Coupe du monde élargie, plus ouverte et plus universelle, « les barrières dressées par l’administration américaine risquent de priver l’événement de ses supporters les plus colorés et passionnés ». Des supporters africains appellent au boycott, parlant de situation « honteuse » pour leur continent et pour le football.
En parallèle, les restrictions de voyage pour des pays comme l’Iran, le contrôle des réseaux sociaux, le profilage racial à l’entrée du territoire, et l’exclusion scandaleuse d’un arbitre somalien témoignent d’une politisation extrême de l’accès au Mondial. Les frontières migratoires, et non les lignes de touche, deviennent les véritables limites du tournoi.
Un Mondial fragilisé dans son âme
En multipliant les entraves à l’encontre des supporters africains, des officiels comme Omar Abdulkadir Artan, et des fans iraniens, l’administration Trump impose une vision sélective et discriminatoire de qui a le droit de participer à la fête du football. Les propos méprisants du président sur les équipes africaines, présentées comme des figurantes appelées à sortir rapidement pour « libérer de l’espace », accentuent cette logique d’exclusion.
L’attitude de la FIFA et de Gianni Infantino, qui se contente de se féliciter d’une « collaboration » avec la Maison Blanche tout en acceptant sans broncher l’humiliation d’un arbitre africain et la mise à l’écart de milliers de supporters, révèle une profonde crise de gouvernance morale. Là où d’autres instances sportives ont parfois su « imposer le respect de leurs principes », la FIFA apparaît ici comme prête à sacrifier l’égalité et la dignité sur l’autel de la puissance du pays hôte.
Le Mondial 2026 aurait pu être une célébration historique de la diversité, avec un nombre record de sélections africaines et la participation maintenue d’équipes sous tension géopolitique comme l’Iran. À la place, il risque d’entrer dans l’histoire comme la Coupe du monde où le racisme institutionnel, les interdictions de voyage et la peur ont tenu plus de place dans les tribunes que les tambours, les chants et les drapeaux des peuples qu’on prétend pourtant rassembler.