Un manque d’organisation lors des visites familiales vivement décrié
Après près de quatre ans de fermeture, la prison de haute sécurité de La Bastille a ouvert ses portes et a accueilli de nombreux prisonniers, en avril de l’année dernière. L’institution pénitentiaire, jadis une prison militaire, a été complètement rénovée et plein de mesures de sécurité ont été revues et renforcées. Des caméras de surveillance ont été placées dans les 24 cellules et ailleurs et plusieurs autres mesures, entre autres une formation professionnelle pour les officiers, ont été suggérées dans le but de mieux contrôler les prisonniers dits «high profile» dont Navind Kistnah, Peroomal Veeren, Gro Derek ou encore Siddick Islam, qui y résident.
Ce sont les détenus les plus dangereux à savoir des barons de la drogue, ou encore des prisonniers étrangers purgeant de lourdes peines d’emprisonnement liées à des délits de drogue et qui sont soupçonnés de commanditer de grosses importations de drogue de la prison, qui sont les locataires de ce bâtiment antique ainsi que des prisonniers qui ont donné du fil à retordre aux gardiens, en se bagarrant ou en faisant montre de mauvaise conduite. Tous les Ring Leaders sont emprisonnés en isolement dans une seule maison d’arrêt, où les lois et la réglementation sont expressément plus strictes et rigoureuses.
La réouverture et le renforcement de cette prison, s’est fait après une décision du cabinet, au coût de plus de Rs 3 millions. L’initiative avait été louée par de nombreuses personnes concernées, surtout après l’évasion survenue le 30 juillet 1999, où cinq détenus dont Dharmarajen Sabapathee, avaient pris la fuite. Aujourd’hui, cette enceinte est on ne peut plus sûre et sécurisée, vu la grogne des prisonniers. Mais toutefois, les détenus ne sont pas seuls à être ciblés car certaines familles également font les frais de la panoplie de mesures sécuritaires mises en place.
Les associations luttant pour l’épanouissement des droits de l’homme sont unanimes concernant les prérogatives qui doivent être accordés aux détenus. Cela concerne plus particulièrement le droit de visite qui est vital pour une personne emprisonnée. D’autant plus que la prison est supposée être un lieu de réhabilitation pour ceux qui ont fauté. A la Bastille, le droit de visite pour un détenu est bimensuel, soit après chaque deux semaines. Toutefois, ce privilège serait parfois empiété selon des familles de détenus, qui pointent du doigt un manque d’organisation de la part des autorités pénitentiaires.
Marie, une sexagénaire, habitant Ste Croix, en a fait les frais. Elle aurait manqué trois visites à son fils, qui est détenu à La Bastille depuis novembre dernier. Ce dernier, âgé de 32 ans, avait été coffré pour vol l’année dernière. Il avait été dans un premier temps placé à Beau-Bassin avant d’être transféré dans le bâtiment de haute sécurité de Phoenix. A l’affût de ces trois mois, Marie et sa belle-fille, l’épouse du détenu, ont eu la chance de s’entretenir avec ce dernier, uniquement à trois reprises. Et cette situation serait à l’origine des angoisses et stress que subiraient les trois personnes concernées.
Selon la sexagénaire, si elle a manquait toutes ces visites, ce serait principalement dû à un manque d’organisation qui sévirait dans ce pénitencier. L’habitante de Ste Croix explique que malgré son âge et le fait qu’elle doive toujours travailler, elle se fait un devoir de se rendre constamment visite à son fils pour lui donner du courage et prendre de ses nouvelles. Le détenu, pour sa part, apprécie ces visites pour avoir des nouvelles de ses enfants. Mais malgré tout, ils arrivent difficilement à se voir.
Marie explique que les heures de visites s’étendent de 10h00 à 14h30. Les familles doivent signaler leur présence au préalable pour avoir accès à la cour. Les rencontres se font à tour de rôle dans un kiosk, installé à quelques mètres du bâtiment, abritant les détenus. Et avant de pénétrer les lieux, les visiteurs doivent se conformer à toute une panoplie de règlements et de procédures notamment à des fouilles, qui seraient, selon elle, désordonnées.
Des heures interminables au soleil
La prison haute sécurité de La Bastille, qui répond aux normes carcérales internationales, possède deux murs. Une pour barricader la cour et l’autre pour isoler la prison. C’est entre ces murs que les visiteurs doivent faire la queue avant d’avoir le droit d’effectuer leur visite à l’intérieur de la cour. Toutefois à ce stade, deux problèmes majeurs interviendraient et causeraient d’énormes préjudices aux visiteurs. D’abord, ces derniers doivent prendre leur mal en patience au soleil. Il n’y a aucune disposition prises pour que les familles des détenus puissent éviter le soleil accablant, surtout à cette heure de la journée. De plus, cette queue des fois interminable, doit se faire debout, car bien entendu, il n’y a également pas de chaise.
L’autre problème est que, si l’heure de visite est entre 10h00 et 14h30, celle-ci n’est parfois pas respectée au préjudice des détenus et des visiteurs. Marie raconte que des fois, l’heure à laquelle les visites doivent démarrer est repoussée car il y a toujours des détenus qui effectuent des tâches dans la cour. Et les visiteurs doivent attendre la fin de ces travaux pour pouvoir entrer. Le hic est que souvent dans l’après-midi la fin des heures de visite est aussi avancée. De ce fait, parfois certaines familles se retrouvent privées de ces petits moments faute de temps. Marie explique également que certains proches abusent de leur temps, ce qui causerait du tort à d’autres.
Vaginal et Rectum Check en public
Par mesure de sécurité, des fouilles corporelles sont effectuées sur tous les visiteurs avant qu’ils puissent avoir accès aux prisonniers pour empêcher qu’ils introduisent des produits ou équipements non autorisés dans l’enceinte de la prison. Ceux qui ont l’air suspect, ont eux droit à des fouilles plus minutieuses pour s’assurer qu’ils ne transportent rien dans leurs parties génitales. De ce fait, des Vaginal et des Rectum Checks sont faits. Mais cela se fait, dans des conditions inadmissibles, explique Marie. La sexagénaire dit avoir elle refusé de se soumettre à cet exercice car cela se ferait dans la cour uniquement derrière un rideau. L’habitante de Ste Croix ajoute également que cette pratique pour les femmes se ferait par certains officiers mâles.
La sexagénaire affirme que la prison de La Bastille est la seule, où elle a eu ce genre de problème. Marie déplore que tous ces inconvénients seraient démoralisants et dégradants pour les proches des prisonniers alors qu’ils sont eux des personnes sans histoires et qui souhaitent être bienveillants envers leurs proches. Elle affirme que cette anarchie est uniquement due à des négligences au niveau de la coordination et gestion de l’établissement. Et affirme que plusieurs personnes, dont elle, en souffriraient. Elle lance, un appel aux autorités concernées pour y remédier.
Soulignons que Peroomal Veeren a lui déploré ses conditions de détention à La Bastille. Il a retiré son action après un engagement pris en Cour au nom du commissaire des prisons le 27 octobre 2017 mais qui n’a pas été respecté. Il ajoute qu’il n’est pas autorisé à poursuivre des études du GCE A Level car il n’y a, selon lui, aucune facilité d’enseignement disponible à la prison, ni aucune tâche dans le cadre de la réhabilitation.