Tabassée à mort à Roche-bois
Destin tragique de Maeva Edouard, sans domicile fixe à 23 ans.
• Le principal suspect arrêté, son ex-beau-frère nie son implication, mais ne convainc pas.
• Les enquêteurs explorent une piste de plus en plus plausible
• La mère de la victime dévastée de ne pas avoir pu lui donner à manger
Les enquêteurs tentent le tout pour éclaircir toutes les zones d’ombres entourant la mort de Maeva Edouard, retrouvée morte sur un terrain en friche à Roche-Bois, dans l’après-midi de ce mercredi 19 octobre. Bien qu’un suspect ait été arrêté et maintenu en détention policière dans le cadre de cette affaire, l’inspecteur Seelochun et ses hommes, sous la supervision du surintendant Ramsawock et de l’ACP Madhow, explorent encore des pistes pour connaitre toute l’histoire, ayant mené à ce crime sordide. Et bien que James Mike Stephan Simon n’arrive pas à convaincre de son innocence, une autre thèse, qui se construit, intéresse les limiers. Alors que la mère de la victime, meurtrie, regrette qu’elle n’ait pas pu mieux apporter son aide à sa fille.
Les yeux rivés sur plusieurs aspects, les éléments déjà connus concernant la mort de cette jeune femme de 23 ans, a provoqué une désolation chez beaucoup de gens. Outre le fait d’avoir été découverte avec des lacérations sur le corps, des blessures au crâne et à moitié nue, d’autres conditions dans lesquelles Maeva Edouard a connu la fin, laissent un choc et interpellent. Connue malheureusement par la plupart comme une SDF, une mendiante, une droguée ou encore une prostituée, les récits, qui décrivent les derniers moments de vie de la victime, attisent de la tristesse. D’autant plus que la vie de la défunte, déballée de plus en plus, se révèle être plus complexe.
Le premier voile, qui a été levé sur les circonstances entourant sa mort, fait état d’un crime d’une extrême violence et sauvagement exécuté. Les premiers éléments suivant l’enquête ont raconté la vie d’une SDF, accro à la drogue, dont le corps n’est qu’un simple fonds de commerce. L’image, qui s’est imposée, est celle d’une jeune fille, la tête remplie de sang, à moitié nue sur un terrain en friche. Mais les déclarations de Sandra Victor, mère de la victime, ont ouvert une fenêtre plus large de ce qu’a pu être la vie de Maeva Edouard avant ce drame. Alors qu’elle fait part d’un destin tragique qui n’a fait que s’empirer avec le temps, l’atrocité de cette mort lui est insoutenable.
Découverte macabre
C’est au milieu des herbes, sur un terrain en friche, près de la cabane où elle avait élu domicile, que le corps sans vie de Maeva Edouard est découvert. Un habitant de la localité, ayant emprunté ce sentier à l’arrière du jardin Sir Gaëtan Duval de Roche-bois, est tombé nez à nez avec le cadavre. La victime était allongée sur le ventre. Elle portait une blouse bleue, une paire de chaussettes noires et le reste de son corps était recouvert d’une serviette. Elle était à moitié nue. La jeune femme avait du sang sur le crâne et portait des lacérations sur le corps.
La police d’Abercrombie a été immédiatement mandée sur les lieux et les policiers ont, tout de suite, privilégié la thèse du meurtre. La scène de crime a été sécurisée. Les éléments du Scene of Crime Office ont été alertés. L’enquête a été confiée aux limiers de la CID de Port Louis-Nord, menés par l’inspecteur Seelochun et le sergent Gujadhur, sous la supervision du surintendant de police (SP) Ramsawok et de l’Assistant Commissaire de Police (ACP), Madhow. Une première recherche d’indices a permis aux officiers de retrouver une paire de ciseaux non loin du cadavre.
Entre-temps, le cadavre de la jeune femme a été transporté à la morgue de l’hôpital Dr A. G Jeetoo. L’autopsie, pratiquée par le Dr Prem Chamane, médecin légiste, a attribué son décès à la suite de blessures intracrâniennes. Elle révèle également que la mère de deux enfants a été abusée sexuellement et tabassée jusqu’à que la mort s’en suive et qu’un outil a été utilisé pour l’agression.
Interpellations de suspect
La police n’a pas tardé pour réagir. Sans perdre de temps, plusieurs personnes ont été entendues par la Criminal Investigation Division de Port-Louis Nord pour avoir toute information qui permettrait de remonter jusqu’à le ou les suspects. Dans la même soirée, les enquêteurs ont procédé à l’interpellation de deux frères. Selon les informations, les deux étaient des habitués de la petite maison en tôle, qui abritait la femme de 23 ans. Il est ressorti qu’après avoir quitté le père biologique de ses enfants, la jeune femme vivait avec le plus petit des deux frères dans la cabane, mais ils ont fini par se séparer. Par la suite, le grand frère, Mike Stephan Simon a commencé à vivre avec Maeva Edouard lorsqu’il a rencontré des problèmes d’ordre familial.
Lors de leurs interrogatoires, ils ont chacun soutenu qu’ils n’avaient rien à avoir avec ce meurtre, et ils ont fourni un alibi. Mais après des vérifications, seul le petit frère a été autorisé à partir. L’habitant de Cité Vallijee a été remis en liberté sans condition. Il a donné la confirmation qu’il ne fréquentait plus Maeva Edouard, après avoir trouvée une autre femme résidant à Pailles. Il a aussi fourni des preuves qui affirment qu’il se trouvait ailleurs au moment des faits, soit qu’il n’était pas à Roche-Bois. Cependant, le grand frère, James Mike Stephan Simon, qui lui continuait à vivre dans la cabane avec la défunte, a eu plus de mal à convaincre les policiers de son innocence.
Le suspect, âgé de 42 ans, n’a pu expliquer son emploi du temps au moment du crime. Au début, il a avancé qu’il était absent dans la localité mais un témoin a affirmé à la police l’avoir vu à Roche-Bois dans la journée de mercredi. D’autres incohérences ont été notées dans les versions qu’il a donné à la police. Mike Stephan Simon, qui est connu des services de police, a été arrêté dans la soirée et a été traduit au tribunal de Port-Louis ce jeudi où une accusation provisoire de meurtre a été retenue contre lui. La police a objecté à sa remise en liberté conditionnelle et il demeure en détention préventive.
D’autres thèses étudiées
Alors que James Simon continue de nier toute implication dans ce meurtre, la police double ses efforts pour rassembler tous les éléments, qui peuvent servir dans l’affaire. Et l’enquête, menée par l’inspecteur Seelochun, sous la supervision du surintendant Ramsawock et de l’ACP Madhow, s’intéresse particulièrement à une thèse qui gagne du terrain. A savoir le fait que peu avant sa mort, Maeva Edouard aurait pris de l’argent dans la matinée à un individu qui ne l’aurait pas apprécié. Si Mike Stephan Simon reste le principal suspect pour le moment, cette piste est aussi explorée.
Il est dit que Maeva Edouard, qui faisait face à des difficultés financières et était accro à drogue, avait du mal à trouver de l’argent. Une personne avait accepté de coucher avec elle contre un paiement dans la matinée de mercredi et qu’ensuite, elle aurait volé Rs 3000 appartenant à cet individu, un habitant de la localité. D’ailleurs, les gens du quartier, qui la connaissaient bien, racontent « Elle nous demandait à chaque fois Rs 10. C’est malheureux ce qui lui est arrivé. Elle était tellement jeune. Elle se droguait et se prostituait ».
Vie de débauche
Sandra, la mère de Maëva, est dévastée. « Elle n’en faisait qu’à sa tête. Li ti pe dimann sarite. Li ti pe res kot li kapav dan Roche-Bois. Monn dir li sey sanz so lavi pou so de zanfan, me li pa ti le. Dernie fwa monn koz ar li inn gagn de semenn. Li dir mwa mama, mo pe rod inpe manze. Ler li pe koz ar mwa, monn tann li dimann enn dimounn Rs 10. Samem dernié parol li dir mo iet mo pann kapav dir li vini, mo ti loin. Sa pé tous mwa aster.
Merkredi la police inn fer moi koné linn mor », se lamente la maman, qui vit à La Butte.
Lorsque les enquêteurs se sont tournés vers les proches de la victime pour savoir comment elle s’est retrouvée à la rue, elle a expliqué que sa fille avait préféré partir de la maison pour éviter des problèmes avec les voisins, car elle était tombée dans la boisson et faisait beaucoup de bruit la nuit lorsqu’elle était ivre. « Elle vivait chez moi, mais lorsqu’elle était sous l’influence de l’alcool, elle faisait du bruit et dérangeait tout le monde. Les voisins n’appréciaient pas. Elle était aussi tombée dans la drogue. Elle m’a alors dit qu’elle va partir pour ne pas me causer des ennuis », relate Sandra Victor.
La mère de la victime ajoute que depuis le début de cette année, Maeva Edouard avait quitté La-Butte pour habiter chez quelques amis, qui ont accepté de l’héberger, mais son penchant pour l’alcool avait fait qu’elle s’était retrouvée à la rue. Cela jusqu’à ce qu’elle élise domicile dans la bicoque avec une tente qu’elle a bidouillé sur un terrain en friche à Roche-Bois, à l’arrière du jardin Sir Gaëtan Duval. De temps en temps, elle se rendait chez sa mère ou l’appelait. « Je lui demandais de changer de vie car elle a des enfants, mais elle n’arrivait pas à changer. »
Fille normale et déception amoureuse
Sa mère a expliqué à la police que Maeva Edouard était une fille normale. Elle était tombée amoureuse d’un homme alors qu’elle était encore adolescente et elle a eu deux enfants avec lui. Ces derniers sont âgés de quatre et six ans et vivent avec leur père biologique. Puis, le couple s’est séparé. Maeva Edouard avait été très affectée par cette rupture et c’est là qu’elle a commencé à boire pour noyer son chagrin.
Sandra ajoute cependant que malgré tous ses problèmes, elle avait un grand cœur, et elle ne ferait jamais de mal à quelqu’un. « Elle n’a pas eu de chance dans sa vie », regrette sa mère, qui implore le pardon de sa fille pour ne pas lui avoir dit de venir prendre un peu de nourriture.